Więzień na Marsie. Le Prisonnier de la plante Mars - Gustave Le Rouge

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IV - RUE D'YARMOUTH 

 

Il faisait nuit depuis longtemps déja lorsque Robert s'engagea dans la vieille rue d'Yarmouth. Pas une lumi?re ne brillait aux façades des vieux hôtels aux murailles noircies par le temps et les hautes portes seigneuriales s'emplissaient de tén?bres que la lueur des rares becs de gaz faisait seulement paraître plus profondes. Malgré lui, le jeune homme se sentait impressionné par la solennité de ces vieux logis aux volets clos et comme endormis dans la poussi?re et le silence. Il lui sembla que le bruit de ses pas se répercutait au loin, derri?re lui, sur le pavé de gr?s. En passant devant la rue Pitter, venelle sinistre, bordée de jardins et fermée de barri?res qui en interdisaient l'acc?s aux voitures, il songea a quelque vieux Londres d'il ne savait plus quel si?cle, triste, silencieux et barricadé.

Il continua sa route. La flamme d'un réverb?re agitée par le vent du soir faisait danser des ombres dans les angles. Il crut un moment voir d'énormes araignées velues et noires se faufiler le long des murs. Un rat bondit d'un soupirail et disparut.

Robert, sans savoir pourquoi, sentit comme une angoisse l'étreindre au c?ur. Jamais il ne s'était vu si seul. Il marchait en profane a travers des si?cles abolis. C'était comme dans un cimeti?re de gloires et de passions éteintes qu'il s'avançait. Les toits pointus prenaient des profils rev?ches, souriaient du rire élargi de leurs goutti?res de plomb et arrondissaient, pour voir passer l'intrus, les ?ils-de-b?uf de leurs lucarnes. Une girouette miaulait doucement dans sa rouille.

Pour la premi?re fois peut-?tre, dans sa vie aventureuse, il comprit la fragilité du destin et connut le sentiment de la peur. Peur de quoi ? Du passé, de l'avenir et de lui-m?me peut-?tre.

Toutes les choses inanimées s'accordaient merveilleusement avec son chagrin et le myst?re de ce rendez-vous donné par un inconnu.

- Non, dit-il tout haut, ce n'est pas un simple rendez-vous d'affaires ! 

Il s'arr?ta, surpris du son de sa propre voix. Mais Robert Darvel avait visité les cités mortes du désert sibérien, les temples construits par Oulagou et Timour-Lenk, et dont quelques-uns sont établis sur des fondations de crânes humains. Il avait approché des villes cadavéreuses du désert de Syrie, o? n'habitent que des pestiférés et des lépreux atteints de contagions inconnues, de maladies perdues depuis le Moyen Age. Il n'était pas homme a se laisser dominer par la mélancolie romantique d'un vieux quartier de Londres découpant ses toits pointus au clair de la lune nimbée de brouillard.

- Allons, se dit-il, en tâtant dans la poche de son veston un excellent révolver, Colt, ce quartier-la est superbe. On y doit ?tre tranquille pour faire des expériences. A la premi?re bonne affaire que je ferai, j'ach?te un de ces vieux hôtels. 

Dix heures sonnaient a l'église de Saint-Paul, en m?me temps qu'au couvent des Irlandais, lorsque Robert heurta doucement au marteau de la porte. Un des battants s'entrouvrit, puis se referma si promptement que le jeune homme se trouva dans une spacieuse cour, tapissée de hautes herbes, au centre de laquelle était un vieux puits de fer forgé, sans savoir comment cela s'était fait.

- M. Ardavena, demanda-t-il avec impatience ? 

- Que Monsieur veuille bien me suivre, murmura une voix cassée. 

Robert se retourna. A côté de lui un domestique v?tu de noir venait d'allumer une petite lanterne. A la lueur rougeâtre de la bougie, Robert distingua un vieillard au geste tremblant, qui tenait a la fois du bedeau de cathédrale et de l'huissier de minist?re. Ses cheveux et ses favoris étaient blancs ; sa l?vre inférieure pendait, il s'inclinait obséquieusement en précédant le visiteur par un sentier tracé dans l'herbe. Apr?s un examen sommaire de ce personnage falot, dont les doigts étaient chargés de bagues, Robert le suivit sans mot dire. 

Ils mont?rent d'abord un escalier large comme une rue, et dont les marches de marbre disjointes par les racines des plantes sauvages s'effondraient. Sur le palier, deux sphinx de bronze de style empire r?vaient au milieu de flaques de vert-de-gris. La pluie les avait lavés de ces rayures et les faisait, dans la pénombre, presque semblables a des tigres.

Le vieillard ouvrit une porte, traversa une antichambre o? des portraits de famille se crevassaient, souleva un rideau de cuir et Robert Darvel se trouva seul dans un salon singuli?rement meublé. Un calorif?re soufflait une chaleur étouffante, des idoles aux bras multiples, aux t?tes monstrueuses, s'accroupissaient dans les angles sur des piédestaux de marbre. Des cassolettes obscurcissaient l'air de leurs odorantes fumées et, ça et la, des divans tr?s bas, de velours noir aux arabesques d'or, s'étendaient pr?s de petits guéridons incrustés de burgau et couverts de bibelots disparates. Un houka tout allumé, une fumerie d'opium au grand complet sur un plateau de laque rouge - avec la lampe a huile de coco, les aiguilles d'acier, les pipes au champignon de porcelaine, les vases, les cendriers et les coupes -, faisaient pendant a un dressoir chargé de bouteilles de champagne et d'alcools divers.

Une grande biblioth?que en éb?ne incrustée d'opales était remplie de manuscrits dont quelques-uns n'étaient formés que de feuilles de palmier ou de planchettes de bois de santal.

- Je suis certainement chez quelque industriel anglais, retour des Indes, se dit Robert, en prenant place, sans façon, sur un divan. 

Il était a peine assis qu'il entendit un grognement sous son si?ge. Il se leva et se recula de quelques pas.

La sueur de l'angoisse mouilla son front, quand un tigre sortit de dessous le meuble en s'étirant et s'avança jusqu'au milieu de la pi?ce avec les mouvements onduleux d'un gros chat. Le félin s'aplatissait sur ses pattes de derri?re, essayait sa griffe contre le tapis et marchait doucement vers le visiteur, l'échine sinueuse comme s'il allait bondir.

Robert avait pris son revolver et l'avait abaissé le long de sa cuisse, pr?t a tirer lorsque bondirait le fauve. Il était tr?s pâle, son c?ur battait ; mais il gardait tout son sang-froid. Le doigt sur la gâchette de son arme, il attendait. Trois secondes s'écoul?rent, qui lui parurent comme trois années ; l'homme et le tigre s'étudiaient et se regardaient. Si Robert avait baissé les yeux, il était mort.

Tout a coup, une des porti?res a ramages d'or s'entrouvrit et une voix creuse et sombre qui semblait venir de tr?s loin cria : Mowdi ! Mowdi !

Le tigre avait reconnu son maître. Il poussa un grognement et promptement alla se recoucher sous le divan.

Robert s'était tourné vers le nouveau venu.

- Sir, lui dit-il avec col?re, je trouve vos plaisanteries du plus mauvais go?t, pour ne pas dire plus. Votre mise en sc?ne orientale et plutôt un peu ridicule ne m'impose pas le moins du monde. Je ne sais quel a été votre but en m'attirant dans ce quartier désert ; mais je vous préviens que, si c'est pour me voler, vous faites fausse route. Je n'ai sur moi qu'une dizaine de shillings et - je vous préviens - un excellent revolver... 

Robert se tut, réduit au silence par une volonté supérieure a la sienne et profondément troublé par la physionomie de l'inconnu qui se trouvait devant lui.

C'était un homme de petite taille et si maigre que, sous la mince robe de soie noire qui le couvrait, on distinguait nettement les moindres détails de son squelette. Les muscles atrophiés, réduits a rien, n'étaient plus que de simples ficelles ; les mains étaient s?ches et terreuses comme celles des momies. Les personnages de la Danse macabre eussent été presque gras par comparaison.

Le visage a lui seul était stupéfiant. Qu'on se figure une t?te de mort au front démesuré, o? vivraient deux yeux d'un azur clair, pétillants de jeunesse comme ceux d'un enfant : un crâne et deux bleuets. Les oreilles, toutes petites, étaient diaphanes comme deux feuillets de cire. Et pourtant le personnage n'avait rien de macabre, le profil était noble, il s'exhalait de ce quasi-squelette une puissance et une énergie considérables et comme un rayonnement de vitalité surabondante. Les gestes étaient pleins d'aisance, la taille était droite et le sourire plein de bonté. 

- Asseyez-vous, dit-il, d'un ton tr?s doux. 

Robert s'assit. Il se sentait en proie au vertige ; mille suppositions incohérentes tourbillonnaient dans son cerveau et il comprit avec une indicible terreur qu'il était enti?rement au pouvoir de l'inconnu.

Celui-ci essaya de le rassurer et il y parvint, en dépit de sa voix toujours creuse et comme lointaine.

- D'abord, fit-il en un français excellent, bannissez de votre esprit toute crainte. Je comprends votre mécontentement et je regrette, croyez-le, d'avoir oublié que mon pauvre Mowdi faisait sa sieste dans ce salon. C'est un animal inoffensif que j'ai pris tout jeune dans la jungle et qui n'a jamais fait de mal a mes amis. 

- Et a vos ennemis ? 

- Je n'ai pas d'ennemis. Mais il suffit. 

- Enfin, murmura Robert avec effort, que voulez-vous de moi ? Et d'abord, qui ?tes vous ? 

- Vous avez peut-?tre entendu parler du brahme Ardavena ? 

- Mille pardons ! balbutia Robert, c'est le nom dont vous avez signé votre lettre ; mais il n'éveille en moi nul souvenir précis. 

- Cela n'a pas d'importance. Je suis supérieur du monast?re de Chelambrum, véritable ville de temples et de palais, qui loge dans son enceinte une population de dix mille brahmes. 

- Je ne vois pas en quoi je puis vous ?tre utile. 

- Un peu de patience. Vous n'ignorez pas que, nous autres religieux indous, sommes parfois capables de miracles que toute la science des Européens n'a jamais pu ni reproduire, ni expliquer. De votre côté, vous possédez un savoir d'un autre genre, une puissance matérielle et plus pratique que la nôtre. 

- Je voudrais bien voir un de ces miracles, que vous prétendez réaliser. 

- Rien n'est plus facile, fit le brahme Ardavena, avec un sourire plein de condescendance. Essayez de vous lever. 

Il étendit la main vers Robert en dardant sur lui ses yeux bleus qui semblaient jeter des feux comme des pierres précieuses.

Le jeune homme s'efforça vainement de changer de place. Il lui semblait que tout son corps était devenu aussi lourd qu'un lingot de plomb et il ressentait une intolérable souffrance dans ses efforts inutiles. Il ne put m?me parvenir a lever les bras.

- Vous voyez, dit Ardavena, que, si j'avais de mauvaises intentions, vos armes ne vous protégeraient gu?re. Maintenant, je vous rends votre liberté. 

Robert se leva machinalement et fit quelques pas en proie a une émotion grandissante. Toutes ses données sur le réel et le possible étaient bouleversées. Il était profondément humilié.

- Vous ?tes le plus fort, dit-il avec un cri de révolte. Mais enfin, que voulez-vous de moi ? 

- Je ne veux en rien influencer votre décision. Si mes projets ne vous agréent pas, vous sortirez d'ici tel que vous y ?tes entré ; je tiens m?me, en cas de refus de votre part, a vous indemniser. 

- Je ne réclame rien. 

- Entendons-nous, je n'ai pas a vous indemniser d'un préjudice matériel, mais j'estime que la déconvenue que vous aurez éprouvée, votre espoir trompé, vous ont causé un tort a peine réparable. Voici ce que j'attends de vous avec l'imagination créatrice, vous possédez la science telle du moins qu'on la comprend ici. Je vous propose de réunir nos deux puissances. Vous m'initierez a la chimie, a la médecine, a la mécanique ; moi, aux secrets de la psychologie et de la philosophie. Notre labeur commun doit enfanter des merveilles. Nous devons ?tre le chaînon mystérieux qui unira la science perdue de l'univers antique a la science vigoureuse, mais brutale et folle, du jeune univers. 

Robert se taisait, plongé dans un monde de pensées. Le brahme Ardavena continua, un peu mélancoliquement :

- J'ai frappé aux portes de bien des hommes de génie, partout l'on m'a éconduit comme un charlatan ou comme un fou ; par bonheur, ma science, a moi, m'a permis de vous découvrir dans la foule des hommes, comme on trouve un diamant dans les sables du fleuve de Golconde. Si vous aimez la Science et la Vérité pour elles-m?mes, suivez-moi. 

- Mais... objecta Robert déja fasciné par la beauté et la gravité de ce langage... 

- J'ai compris d'avance votre pensée, soyez tranquille ; je connais les luttes misérables auxquelles est contraint l'homme pauvre dans votre Occident. Vous vivrez avec le luxe d'un radjah et je vous rendrai si riche que vous mépriserez la richesse. 

Ardavena avait entraîné Robert dans la pi?ce voisine. Il n'y avait la que des murs nus, décolorés par l'humidité, une natte de paille et une cruche d'eau.

- Voici mes appartements, lui dit-il, et je suis " milliardaire ", pour parler comme vous. 

- On peut tout, quand on sait se priver de tout. 

- Eh bien, dit brusquement Robert, c'est une chose entendue. Je mets mon faible savoir au service de votre sagesse. 

- Réfléchissez encore. Une fois que vous aurez donné votre consentement, vous devrez m'obéir. 

- Ma résolution est prise ; nous nous reverrons demain si vous le voulez. 

- Pourquoi demain ? Rien ne vous retient a Londres. 

- Eh bien ! soit. Je partirai quand vous voudrez, dit Robert séduit et captivé par les mani?res a la fois affables et impérieuses d'Ardavena. Mais ne vous faut-il pas quelque temps pour faire vos préparatifs ? 

- Ils sont faits ; j'étais s?r d'avance que vous accepteriez. 

Ardavena ouvrit une porte et précéda son hôte par un long corridor pavé de carreaux de marbre noir et blanc disposés en damier, puis, ils descendirent un escalier et, tout a coup, se trouv?rent, en sortant d'une allée obscure, sur le trottoir d'une autre rue. Au milieu de la chaussée, une voiture de maître stationnait. Ils y prirent place. Cinq minutes apr?s, ils étaient a la gare Victoria et onze heures n'avaient pas encore sonné que Robert Darvel et son bizarre associé, installés dans un sleeping-car du rapide de Douvres, dévoraient le rail avec une vitesse de 120 kilom?tres a l'heure.

Le lendemain a midi, Robert fumait un cigare sur le pont du Petchili, grand steamer en acier, chauffé au pétrole, en route pour l'Extr?me-Orient, depuis deux heures déja. 

Bientôt, la colonne blanche du phare de Land's End, puis les côtes grises et pâles de l'Irlande se fondirent dans la brume violette des lointains.

Robert Darvel allait vers l'Inde mystérieuse, le seul pays qui, au lieu de notre civilisation pratique, soit encore demeuré le royaume de la féerie et des prestiges.

 

II - CHEZ RALPH PITCHER 

 

Ralph Pticher occupait, non loin de la taverne, dans une rue sombre aboutissant aux quais, une boutique étroite et basse, et tout encombrée d'animaux empaillés, de volumes et de minéraux. Des oiseaux de proie et des lézards se balançaient au plafond. Sur un établi, o? traînaient des pinces, des scalpels et des rouleaux de fils d'archal, Robert aperçut une boîte a compartiments remplie d'yeux de verre, de toutes les grandeurs et de toutes les couleurs ; une étrange odeur flottait dans l'étroit réduit éclairé d'un seul bec de gaz, dont la lueur projetait sur les murs les ombres grimaçantes des échassiers et des sauriens.

Robert Darvel fut présenté a mistress Pitcher, une vieille petite dame, au profil anguleux et sec, au menton pointu, si jaune et si ratatinée qu'elle ressemblait, avec ses yeux noirs et brillants comme ceux d'un merle, a quelque singulier oiseau, empaillé et monté sur des fils de fer, auquel on serait parvenu a rendre la vie et le mouvement par un procédé spécial. Ses menottes s?ches, aux ongles acérées comme des griffes aux mouvements fébriles, presque mécaniques, complétaient l'illusion.

Mistress Pitcher fit un cordial accueil a l'ami de son fils, et bientôt le couvert fut dressé sur une nappe bien blanche, dans la salle du fond ; la bi?re brune moussa dans des cruches de gr?s, l'eau du thé chanta dans la bouilloire, un ample morceau de saumon fumé, d'abord sacrifié a l'appétit des convives, fit bientôt place a un pâté de mouton a l'écossaise et a d'autres mets substantiels.

Les deux amis dîn?rent gaiement, en parlant de leurs chasses et de leurs aventures, et en faisant mille projets pour l'avenir.

Quand le dessert eut été enlevé, mistress Pitcher, avec de petits gestes menus et vifs, apporta le tabac blond dans un curieux pot de Hollande ventru et doré, d'aspect débonnaire, avec l'eau chaude et le whisky pour les grogs.

Le po?le de fa?ence bourré jusqu'a la gueule ronflait majestueusement, dominant le beuglement des sir?nes a vapeur, le sifflement déchirant des locomotives dans les brumes lointaines de la nuit.

Il régnait dans la petite pi?ce une atmosph?re de tiédeur, de bien-?tre paisible et d'accueillante bonhomie dont Robert se sentit tout réconforté.

L'avenir lui apparut sous des couleurs favorables. Il sourit en regardant son ami Pitcher qui venait d'allumer une longue pipe d'écume et lançait d'énormes volutes de fumée en clignant de l'?il d'un air de béatitude.

En le considérant plus attentivement, avec son teint rouge brique et ses sourcils lég?rement obliques, il lui trouva une ressemblance avec les figures solennelles et raides peintes sur les tombeaux de l'ancienne Égypte.

Son imagination se divertit a penser que Ralph était peut-?tre le descendant de ces générations d'embaumeurs qui avaient confit dans l'asphalte et les gommes odoriférantes ces millions d'ibis, de crocodiles et d'ichneumons qu'on retrouve encore aujourd'hui symétriquement alignés dans les hypogées.

Cette idée extravagante amusa beaucoup Pitcher.

- Hum ! fit-il en riant, la race aurait beaucoup dégénéré, depuis ces Égyptiens, qui étaient des personnages sacrés, des esp?ces de pr?tres, jusqu'a moi, pauvre " taxidermiste " qui ne rougis pas de rendre les apparences de la vie au serin hollandais ou au caniche favori de mainte vieille lady... 

Le naturaliste était retombé dans le silence ; puis, ses pensées prenant brusquement un autre cours :

- A propos, dit-il tout a coup d'un air un peu embarrassé, je tiens a vous dire une chose... Vous devez avoir besoin d'argent ; si, en attendant que vous ayez trouvé quelque chose de s?r, vous vouliez accepter... Si, par exemple, cinquante ou cent livres... 

- Je vous remercie, murmura Robert, tr?s touché de la cordialité de l'offre ; tr?s sinc?rement, je n'ai besoin de rien en ce moment. Si jamais je me trouvais réellement g?né, je n'hésiterais pas a m'adresser a vous. Ne sais-je pas que vous ?tes un ami dévoué, Ralph, un excellent ami ?... 

- Tant pis, reprit l'autre avec une grimace mécontente, cela m'e?t fait plaisir et cela ne m'e?t dérangé en rien. Depuis mon dernier voyage, je suis suffisamment riche pour lâcher la taxidermie quand cela me conviendra. 

- Je croyais pourtant... objecta l'ingénieur. 

- Oui, cela est vrai, du temps de nos chasses dans la jungle, je n'étais pas brillant. Il a suffi d'une seule nuit pour changer tout cela. 

- Une seule nuit ? répéta Robert avec surprise. 

- Oui ; mais, au fait, je ne vous ai pas raconté cela, l'aventure est assez extraordinaire par elle-m?me. 

" Peu de temps apr?s notre séparation, je fis la rencontre d'un ancien officier de marine, nommé Slud, que son go?t pour la chasse et les aventures avaient poussé a donner sa démission.

" Jamais je n'ai connu personne d'aussi robuste et d'aussi adroit que ce pauvre garçon ; nous ne tardâmes pas a devenir des compagnons inséparables.

" Slud connaissait a merveille tout le versant indien de l'Himalaya, o? il avait chassé le tigre, l'éléphant et le yack sauvage.

" Il me fit de si enthousiastes descriptions des animaux inconnus, non classés, qui habitaient les gorges sauvages du Népal, que je me décidai a entreprendre avec lui une expédition dans ces déserts.

" Je passe sous silence les péripéties ordinaires de ces sortes de voyage - bivouacs dans ces temples en ruine qu'a si merveilleusement décrits Rudyard Kipling, traversée de ces marécages verdoyants qui semblent ne devoir jamais finir, rencontres de fauves et de reptiles ou de Thugs étrangleurs pires encore, toute la féerie millénaire de ce vieux monde hindou sur lequel, comme sur un bloc de granit, les dents d'acier du léopard britannique s'émoussent ou se cassent, quoi qu'on en ait dit.

" Mais j'arrive au fait.

" Trois semaines environ apr?s avoir quitté la jungle du sud, nous atteignîmes une for?t de c?dres noirs qui paraissaient interminables.

" Ce ne fut qu'apr?s deux journées de marche que nous découvrîmes, a la nuit tombante une avenue de gigantesques éléphants de pierre, a l'extrémité de laquelle se profilaient les coupoles d'un temple ; nous pensions ?tre arrivés a une de ces ruines qui, comme Angkor ou Eléphanta, couvrent plusieurs kilom?tres carrés et qui sont abandonnées depuis des si?cles.

" Grande fut notre surprise en apercevant, au-dessus des dômes et des minarets, le clocher surmonté d'un paratonnerre et d'un coq doré d'une église construite dans le style du XVIIIe si?cle.

" Nous jugeâmes que les missionnaires qui s'étaient installés la nous accorderaient sans doute l'hospitalité ; nous avançâmes hardiment.

" Mais, comme nous franchissions le seuil de la premi?re cour, une troupe d'hommes au crâne rasé, aux longues robes gris cendré, se rua sur nous ; malgré nos protestations véhémentes, nous f?mes garrottés, bâillonnés.

" Les plus vigoureux de nos ravisseurs nous charg?rent sur leurs épaules ; a travers un dédale de couloirs compliqués et d'escaliers, nous f?mes transportés dans une grande pi?ce mal éclairée, jetés sans cérémonie sur une liti?re de feuilles de ma?s.

" Un des hommes au crâne rasé coupa nos liens, enleva les tampons de laine qui nous bâillonnaient, un autre plaça devant nous une calebasse de riz cuit a l'eau et une cruche d'eau, puis la porte massive grinça sur ses gonds et nous entendîmes assujettir a l'extérieur les verrous et les barres.

" Tout cela s'était passé si vite que nous demeurâmes quelque temps stupides d'étonnement.

" Ce fut Slud qui rompit le premier le silence ; il en avait, comme on dit, vu bien d'autres.

" - Voila qui est drôle, mon pauvre Pitcher, me dit-il avec une ironie pleine d'humour ; voila notre logement et notre nourriture assurés pour quelques temps. Qu'en dites-vous ?

" - Je ne suis pas disposé a rire, master Slud, répliquai-je avec mauvaise humeur. En admettant que ces coquins nous relâchent bientôt - ce qui n'est pas s?r -, ils ne nous rendront certainement ni nos armes, ni nos peaux, ni tout notre matériel... Je suis désespéré...

Slud parut touché de mon chagrin.

" - Un peu plus de sang-froid, que diable, mon vieux Pitcher, murmura-t-il ; ces gens-la n'ont pas l'air terrible, puisqu'ils nous donnent a manger. Ce sont des bouddhistes qui, par définition, ont horreur de répandre le sang. Voila déja une constatation rassurante...

" - Des bouddhistes ! Cependant, ce clocher, avec cette croix et ce coq doré ?

" - Parfaitement, le temple, qui a au moins deux mille ans d'existence, est de construction brahmanique ; au XVIIIe si?cle, les missionnaires jésuites, alors tr?s nombreux, ont chassé les brahmes et construit l'église et, a leur tour, ils ont cédé la place aux bouddhistes...

" Slud acheva de me réconforter par toutes sortes de raisonnements spécieux et, apr?s avoir partagé fraternellement notre portion de riz (nous mourrions de faim), nous étudiâmes la topographie de notre prison, avant que le soleil f?t tout a fait couché.

" C'était une pi?ce semi-circulaire d'o? nous concl?mes qu'elle devait occuper le demi-étage d'une tour, une seule meurtri?re placée tr?s haut l'éclairait, laissant dans l'ombre les deux angles extr?mes. Avec la paille de ma?s qui nous tenait lieu de lit, un escabeau et quelques couvertures composaient tout le mobilier. Les murailles avaient six pieds d'épaisseur, la porte était massive et nous ne possédions aucune esp?ce d'outil capable d'en venir a bout.

" Nous remîmes a plus tard toute esp?ce de projet d'évasion et nous dormîmes cette nuit-la d'un sommeil accablé.

" La journée du lendemain se passa tristement, sans vivres et sans nouvelles. Sur le soir, un bonze aux longues oreilles, au sourire d'une béatitude idiote nous apporta notre ration et se retira sans avoir daigné répondre a aucune des questions de Slud, qui parlait assez correctement le dialecte de cette partie de l'Inde pour le questionner.

" Les jours suivants s'écoul?rent de m?me, sans amener aucun changement, aucun espoir m?me de changement a notre lamentable situation. Nous tombions, petit a petit, a un découragement profond.

" A des heures réguli?res, chaque jour, le vacarme des cloches et des gongs nous annonçait la célébration des offices bouddhiques.

" L'incertitude o? nous étions sur les raisons de cette inexplicable détention jetait Slud dans de véritables acc?s de rage. Nous étions en proie a cette oisiveté forcée des captifs, a ce dés?uvrement inquiet qui sont une des pires tortures, le spleen nous gagnait.

" - Cela ne peut pas durer, me dit Slud un soir, il faut essayer quelque chose...

" - Quoi ? fis-je mélancoliquement.

" - Je ne sais pas. Mais tout est préférable a cette captivité ignominieuse. Mieux vaut mourir en nous défendant courageusement que de pourrir dans ce trou.

" J'approuvai Slud et nous nous mîmes a chercher une idée.

" - Je ne vois qu'un moyen, déclarai-je attendre qu'il soit nuit, assommer - je dis assommer et non pas tuer, il y a une nuance - le bonze aux longues oreilles, gagner le sommet de la tour et de la nous laisser glisser en bas.

" Slud applaudit a mon idée, d'autant plus qu'il n'en voyait aucune autre de pratiquement réalisable. Nous trompâmes notre impatience, en attendant le soir, en nous occupant a tresser avec nos couvertures une corde solide, capable de supporter le poids de nos deux corps et nous en éprouvâmes la résistance en tirant dessus de toutes nos forces.

" Nous étions horriblement énervés un orage qui s'amassait lentement au-dessus des bâtiments du monast?re ajoutait a notre fi?vre.

" L'air qui pénétrait par l'unique meurtri?re de notre prison était embrasé comme s'il se f?t exhalé de la gueule ardente d'un four. Nous nous en consolâmes en pensant que l'orage seconderait peut-?tre nos projets.

" Nous attendîmes avec angoisse la quotidienne visite du bonze, les heures s'écoulaient avec une impitoyable lenteur.

" Nous étions palpitants d'émotion lorsque enfin nous entendîmes grincer les verrous et les barres.

" Le bonze entra, souriant comme de coutume, de ce m?me sourire niais et béat qui avait le don de m'exaspérer.

" Il se pencha pour déposer a terre la calebasse de riz et la cruche.

" Mais, a ce moment, Slud fit tournoyer l'escabeau au-dessus du crâne rasé, il y eut un bruit mou de chair aplatie, d'os broyés ; le bonze gisait a terre, assommé, sans avoir eu le temps de pousser un cri.

" Nous ne nous attardâmes pas a voir s'il était mort ou vivant.

" Sans un mot, nous prîmes ses clefs et nous l'enfermâmes a notre place.

" Il faisait maintenant compl?tement nuit ; nous commençâmes l'ascension de l'escalier et nous gravîmes sans encombre une trentaine de marches.

" Nous allions atteindre la plate-forme, lorsque Slud, qui marchait le premier, aperçut a la lueur d'un éclair un autre bonze accroupi, dans une immobilité compl?te, pr?s des créneaux sculptés de lotus.

" Nous nous hâtâmes de battre en retraite.

" Nous étions désespérés.

" Slud crispait les poings rageusement, avec le geste de jeter du haut en bas de la tour le religieux toujours immobile. Je tremblais qu'il ne mît cette idée a exécution.

" Mais, avant que j'eusse pu le retenir, il s'était élancé, il rampait doucement sur la plate-forme dans la direction du bonze.

" Je le suivis, pr?t a prendre sa défense.

" A ce moment, un grand éclair silencieux déchira le ciel, nous montrant la face de notre ennemi crispée par une grimace extatique.

" Il était sans doute en proie a un de ces sommeils a demi cataleptiques auxquels sont sujets ces sortes d'asc?tes.

" Je respirai.

" Nous n'aurions donc pas besoin de recourir a la violence, il suffirait de ne pas éveiller le dormeur.

" Slud, maintenant plus calme, fut de mon avis et nous commençâmes immédiatement nos préparatifs.

" Je déroulai la corde que nous avions fabriquée et que je portais autour des reins et je l'attachai solidement a un des créneaux sculptés, puis la descente commença.

" Je demandai a passer le premier ; je savais Slud tr?s sujet au vertige et sa nervosité était encore augmentée par les effluves orageux ; le poids de mon corps, en augmentant la tension de la corde et en diminuant le balancement, rendrait a mon compagnon la descente plus aisée.

" Une autre cause d'inquiétude, c'était de savoir ce que nous allions trouver au pied de la tour : un fossé, une cour intérieure, le toit d'un temple ? Les tén?bres ne nous permettaient de rien discerner ; la lueur intermittente des éclairs ne nous montrait qu'un chaos de bâtiments disparates.

" D'abord, tout alla bien ; d'apr?s mon conseil, Slud descendait en fermant les yeux et s'applaudissait de cette précaution.

" Mais, tout a coup, je poussai un cri terrible.

" J'étais arrivé a l'extrémité de la corde ! Au-dessous de moi, mes pieds se balançaient dans le vide ; j'avais failli glisser dans l'abîme !

" - La corde est trop courte, murmurai-je d'une voix étranglée d'angoisse.

" - De combien ? bégaya Slud.

" - Je ne sais pas... De beaucoup trop pour que nous puissions nous laisser tomber.

" A ce moment, un formidable coup de tonnerre retentit, nous enlevant le peu de sang-froid qui nous restait.

" J'entendis, au-dessus de moi, la voix dolente de Slud :

" - Le vertige !... Je le sens, balbutia-t-il, ma t?te tourne...

" - Il faut que je lâche la corde...

" - J'aime mieux cela.

" - Je vais tout lâcher !... C'est plus fort que moi...

" - Au nom de Dieu ! mon cher Slud, ne faites pas cela ! m'écriai-je. Je vous en supplie, soyez courageux.

" - Je ne puis pas.

" Et sa voix était comme cassée.

" Je l'entendais claquer des dents. Je sentais les trépidations de la corde agitée par ses mains convulsives. Ce fut quelques secondes d'épouvantable angoisse. J'étais a bout de force, je sentais mes poignets s'engourdir, j'étais moi-m?me tenté de tout abandonner, de sauter dans le gouffre ténébreux, de me laisser glisser dans la mort.

" On vit toute une existence, dans ces moments-la.

" Je me suis souvent demandé comment mes cheveux n'avaient pas blanchi d'un seul coup pendant les effroyables moments que nous avons passés au flanc de la vieille tour bouddhiste sculptée de monstres grimaçants...

- Comment fîtes-vous ? interrompit impatiemment l'ingénieur, gagné par l'émotion du narrateur. 

Ralph Pitcher continua, apr?s quelques instants de silence :

- J'allais me laisser tomber lorsqu'il me vint une inspiration désespérée, quasi folle. 

" - Écoutez, dis-je a Slud, il reste un moyen supr?me.

" - Lequel ?

" - Je vais remonter, je vais retourner dans notre cellule.

" - Il y reste encore des couvertures, je vais les découper en lani?res, fabriquer un bout de corde supplémentaire.

" - Mais c'est insensé ! râla le malheureux.

" - Et moi ! que deviendrai-je ?

" - Est-ce que je suis capable d'attendre encore une minute ?

" - Quand vous reviendrez si vous avez la chance de revenir vous ne me retrouverez plus.

" - J'aurai lâché prise !

" Et il ajouta, avec un accent qu'il me semble toujours entendre :

" - Cela vaut mieux d'ailleurs. Vous avez raison, Ralph. Laissez-moi mourir.

" - Je ne l'entends pas ainsi ! m'écriai-je, gagné d'une col?re.

" - Je ne me sauverai pas seul, je vous le jure !

" - Allons, Slud, remontez de cinq ou six m?tres.

" - A quoi bon ?

" - Mais vous ne comprenez donc pas ? Je vais vous attacher solidement a la corde avec la corde elle-m?me !

" - Obéissez sans discuter !

" - Comme cela, vous pourrez attendre mon retour.

" Slud se hissa quelques m?tres plus haut, comme je le lui demandais, mais avec une extr?me difficulté. Je tremblais a chaque instant qu'il ne dégringolât sur moi et ne m'entraînât dans l'abîme. Mais l'espoir que je venais de faire luire a ses yeux lui donna la force de dominer ses nerfs.

" Sitôt que je jugeai la longueur suffisante, je coupai la corde au-dessous de moi.

" Avec le tronçon ainsi obtenu, j'attachai solidement Slud sous les aisselles a la corde principale ; puis, lui mettant un pied sur les épaules, je commençai a remonter, dans un tel état de surexcitation violente que je ne sentais plus la fatigue, que je ne voyais pas les monstres de granit penchés sur moi me regarder avec leurs hideuses faces de démons.

" Mais, comme je mettais le pied sur la plate-forme de la tour, il m'arriva quelque chose de terrible.

" Je me trouvai en face du bonze, maintenant parfaitement réveillé.

" Il était d'ailleurs, je pense, tout aussi effrayé que moi en voyant un homme surgir brusquement a ses côtés, comme s'il e?t été apporté la par un coup de tonnerre.

" Je ne lui laissai pas le temps de revenir de son ébahissement.

" Je lui sautai a la gorge, je le terrassai et je l'étranglai a moitié ; la soudaineté de mon attaque avait été tellement irrésistible qu'il n'avait poussé qu'une sorte de grognement ; j'achevai de l'étourdir d'un coup de poing a renverser un b?uf, j'avais le passage libre.

" Je me ruai vers la cellule qui nous avait servi de prison, tellement heureux, tellement orgueilleux de mon triomphe, que je riais aux éclats, nerveusement. Je suis s?r qu'a ce moment j'étais a deux doigts de la folie...

" Mais une horrible déconvenue m'attendait : dans mon exaltation, dans ma joie délirante, je n'avais plus songé que c'était Slud qui avait la clef ! 

" Cette fois, ma force de résistance était a bout, je tombai affaissé sur les marches de l'escalier, toute mon énergie s'était envolée. Je n'étais m?me plus capable d'associer deux idées, je divaguais ; un instant, j'oubliai m?me le malheureux Slud que j'avais lié au-dessus de l'abîme et qui ne pouvait, sans moi, ni remonter ni descendre.

" Puis je me mis a pleurer a chaudes larmes ; a ce moment, un enfant e?t eu raison de moi.

" Je demeurai longtemps couché sur la pierre, dans l'anéantissement le plus profond, le plus entier.

" Ce fut l'idée de Slud, que je ne pouvais abandonner ainsi, qui me rendit le courage de continuer la lutte.

" J'essuyai mes larmes et, assis sur la pierre, je me mis a chercher l'impossible moyen de salut, comme un écolier qui peine sur un insoluble probl?me.

" Mais tout a coup je poussai un cri non, un hurlement de joie. J'avais trouvé. Et comme cela était simple, facile ! Comment n'y avais-je pas songé plus tôt ?

" Je remontai précipitamment jusqu'a la plate-forme de la tour.

" J'allai vers le bonze que je venais de mettre en si piteux état et je commençai par le bâillonner, pour lui ôter toute possibilité d'appeler au secours si jamais il avait quelque velléité de revenir a la vie ; puis je le dépouillai de sa longue robe gris cendré, d'une sorte de tunique qu'il portait en dessous et d'un lambeau de couverture qui lui tenait lieu de manteau, je le laissai nu comme un ver.

" Avec tous ces matériaux, je me mis au travail, il me fallait une corde, c'était le bonze qui allait en faire les frais ; j'avais la sous la main une provision d'excellent drap dont j'appréciai tout de suite la solidité.

" J'ai oublié de vous dire que j'avais un couteau dérobé au bonze geôlier et qui m'avait déja servi a couper la corde pour attacher Slud ; je commençai aussitôt a découper la robe gris cendré en longues lani?res que je nouai bout a bout.

" Je travaillais a la lueur des éclairs avec une activité fébrile, une prestesse incroyable. Un moment, je vis le coq du clocher, que j'apercevais alors tr?s nettement en face de moi, illuminé d'une sorte d'auréole fulgurante.

" Presque en m?me temps, un gémissement lamentable monta des profondeurs du gouffre.

" C'était Slud qui m'appelait a l'aide.

" Dans ma précipitation, je n'avais pas assez serré la corde. Sous le poids de son corps, les n?uds se défaisaient peu a peu, il les sentait lentement glisser.

" Je ne pouvais deviner cela, je n'en étais pas moins affolé par ce lugubre appel auquel la prudence m'interdisait de répondre. Mais je me hâtais avec une inconcevable ardeur ; la corde s'allongeait a vue d'?il sous mes doigts inquiets.

" Enfin, elle fut pr?te, je la roulai autour de ma ceinture et je me laissai glisser le long de l'ancienne corde avec l'angoisse qu'il f?t arrivé a Slud quelque malheur que je ne pouvais prévoir.

" J'arrivai a temps.

" Le tronçon de corde s'était tout a fait dénoué.

" Slud ne se maintenait plus que par ses doigts crispés. Je nouai un peu au-dessus de lui le nouveau câble a l'ancien et notre périlleuse descente recommença.

" - Vous avez eu bien tort de remonter, me dit tout a coup Slud.

" - Comment cela ?

" - J'aurais d? y songer plus tôt, nos v?tements auraient suffi pour allonger la corde...

" Dans la minute m?me o? il prononçait ces paroles, mes pieds touchaient un sol humide et gazonné.

" - Bah ! dis-je en riant, ce qui est fait est bien fait, je crois que cette fois nous y sommes.

" Une minute apr?s, il prenait pied a mes côtés ; nous nous embrassâmes avec transport, nous étions ivres de joie. Pourtant, nous étions loin d'?tre sauvés.

" La lueur des éclairs nous fit voir que l'endroit o? nous avions atterri - je peux dire si miraculeusement - était une sorte de fossé humide et marécageux, situé entre les fondations de la tour et celles de l'église des P?res jésuites. Aux deux extrémités, il était barré par de fortes grilles, et devait sans doute communiquer avec les canaux qui entouraient le temple, comme cela se rencontre dans beaucoup d'édifices du m?me genre.

" Nous reconn?mes que nous n'étions gu?re plus avancés qu'avant de sortir de notre cachot.

" Ce fut Slud, maintenant qu'il était délivré des affres du vertige, il avait repris toute son imaginative, toute sa perspicace lucidité qui découvrit, a demi dissimulée par une touffe de nymphéas, une ouverture vo?tée o? il devait nous ?tre possible de marcher en nous courbant un peu.

" - Voila le salut, déclara-t-il, nous sommes certains, en nous cachant la, d'abord de n'?tre pas découverts, ensuite d'arriver presque infailliblement a l'air libre.

" - Mais, objectai-je timidement, si nous nous perdons dans des souterrains inextricables...

" Il haussa les épaules avec impatience.

" - Ce n'est pas un souterrain, cela, fit-il, c'est l'entrée d'un égout, nous sommes forcés de trouver une issue vers l'extérieur.

" D'ailleurs, essayons.

" Je ne répliquai plus, nous nous engageâmes sous la vo?te basse.

" J'avais cédé sans trop de résistance parce que je comptais sur l'obscurité pour arr?ter cette marche imprudente, je fus compl?tement déçu dans cette prévision.

A peine avions-nous fait quelques pas que je poussai un cri de stupeur. A perte de vue, les parois, le sol et la vo?te du souterrain étaient éclairés par une lumi?re verdâtre, une sorte de phosphorescence tr?s douce.

" Slud triompha bruyamment :

" - Je ne m'y attendais pas, s'écria-t-il, mais cela tombe a merveille. Savez-vous ce que c'est que cette lumi?re ?

" - Ma foi, non, avouai-je humblement.

" - Surtout, ne croyez pas a quelque miracle de Cakya-Mouni !

" Ce sont tout bonnement des animalcules phosphorescents, l'éclairage de l'avenir.

" Il trépidait d'enthousiasme.

" - Edgar Poe avait déja songé a cela, reprit-il, quand, dans la Maison Usher, un de ses plus beaux contes, il parle de cette lumi?re incompréhensible qui baigne les parois du souterrain. 

" Maintenant, les microbes lumineux tr?s communs, d'ailleurs, surtout a ces latitudes sont parfaitement décrits, classés, catalogués.

" Tout laboratoire qui se respecte en poss?de quelques bocaux.

" J'avoue que j'étais émerveillé. Nous continuâmes notre chemin a cette lueur fantastique, qui ne faisait défaut a certains endroits que pour phosphorer plus brillamment un peu plus loin.

" Slud constata avec un certain étonnement que le sol allait en montant et que le couloir semblait s'élargir a mesure que nous avancions.

" Au bout d'une centaine de pas, nous pouvions marcher sans nous courber ; un peu plus loin, nous arrivâmes a une sorte de carrefour ; le souterrain se divisait en deux branches, l'une déclive, l'autre ascendante ; nous étions fort embarrassés pour faire un choix. Ce fut, comme il arrivait souvent, Slud, qui d'autorité, trancha la question :

" - La branche descendante, décida-t-il, ne nous m?nerait sans doute qu'a quelque étang, plein de crocodiles et de serpents d'eau c'est l'autre qu'il faut prendre.

" Je le suivis sans objection ; Slud avait une telle influence sur moi que j'étais rarement d'un avis différent du sien ; mais, au bout de tr?s peu de temps, nous e?mes la désagréable surprise de voir les phosphorescences diminuer, puis disparaître compl?tement ; l'humidité chaude des bas-fonds était sans doute nécessaire aux animalcules lumineux.

" Tâtant les m?rs, ne plaçant nos pieds que l'un apr?s l'autre - j'avais toujours présentes a l'esprit des histoires d'oubliettes -, nous fîmes encore un peu de chemin.

" Slud n'était pas content, il grommelait sourdement contre ce féerique éclairage si commode et qui tout a coup nous laissait en plan, je pressentais qu'il n'allait pas tarder a rebrousser chemin.

" - Halte ! cria-t-il tout a coup.

" Bon, pensais-je, ça y est, nous allons revenir sur nos pas, et je demandai a haute voix :

" - Qu'y a-t-il donc, mon cher Slud ?

" - Impossible d'aller plus loin... la galerie ne se continue pas, c'est un cul-de-sac, une impasse.

" - Alors, nous revenons ?

" - Pas du tout... Venez donc m'aider !

" Je m'approchai.

" Dans les tén?bres, je sentis qu'il me mettait en main un gros anneau de fer, glacial et rugueux, en m?me temps qu'il m'invitait a tirer de toutes mes forces.

" Et, comme je tâtonnais avec une certaine hésitation...

" Vous ne comprenez donc pas ? fit-il avec vivacité. Nous sommes certainement devant une porte secr?te dont il s'agit de faire jouer les ressorts ; le couloir que nous venons de suivre n'aurait pas de raison d'?tre sans cela. Tirez ! Mais tirez donc !

" Et, pour me donner l'exemple, il avait empoigné l'anneau et il tirait de toutes ses forces. Je joignis mes efforts aux siens ; mais, tout d'abord - a voir le peu de résultat que nous obtenions -, je pensai que nous nous étions attelés a quelque anneau scellé dans le roc. Cette opinion timidement émise eut le don d'exaspérer Slud. 

" - Bien s?r, hurla-t-il, que l'anneau est scellé dans le roc !

" Ce n'est pas difficile a voir !

" Mais vous n'avez donc jamais visité de temple hindou, pour ignorer que presque toutes les portes secr?tes des cryptes sont faites de pierres pivotantes, si bien équilibrées qu'un léger heurt les déplace et que, d'elles-m?mes, elles reprennent leur position... Mais tirez donc !

J'obéissais, mais c'était plutôt pour donner satisfaction a Slud ; tout le résultat qu'on pouvait attendre d'un labeur aussi fallacieux, c'était que l'anneau - que ses rugosités me révélaient passablement rouillé - nous restât dans les mains en nous envoyant les quatre fers en l'air.

" Aussi ma surprise fut-elle a son comble lorsque, apr?s un grincement mélancolique, le roc pivota brusquement sur lui-m?me, découvrant une baie étroite et vaguement éclairée, exactement comme Slud l'avait annoncé.

" Nous nous empressâmes de pénétrer par cet huis miraculeusement entrebâillé.

" Hein ! qu'en dites-vous ? fit Slud d'un ton de supériorité écrasant.

" Je rendis hommage comme toujours au flair étonnant de mon compagnon et nous marchâmes cette fois sous une vo?te spacieuse qu'éclairait cette lumi?re vague et comme lointaine dont j'ai parlé.

" Mais il était dit que nous devions marcher de surprise en surprise. A peine avions-nous fait trois pas que nous débouchâmes dans une vaste crypte, une vraie cathédrale souterraine, creusée a m?me le flanc du roc vif. Les batailles des dieux et des monstres du Mahabharata se déroulaient en gigantesques bas-reliefs sur les murs. De la vo?te creusée en dôme pendait une énorme lanterne de corne, comme on en fabrique au Thibet. C'est de la que s'épandait cette lueur embrumée et molle que nous avions tout d'abord aperçue. L'imperceptible mouvement - d? sans doute a l'aspiration d'invisibles prises d'air - dont elle était agitée, faisait danser de grandes ombres mouvantes sur les murs et frissonner des ombres accroupies dans les coins sombres. Nous demeurâmes quelque temps silencieux. Je n'ai jamais vu d'endroit plus solennel que ce sanctuaire souterrain ; j'eus l'impression accablante de toute la masse des temples, de toute la suite des si?cles et des générations qui pesaient au-dessus de ma t?te.

" Slud m'arracha brusquement a cette contemplation non exempte d'une terreur que je sentais grandir d'instant en instant. De son bras étendu, il me montrait un colossal Bouddha de bronze accroupi dans la pose hiératique entre les hauts br?le-parfums. Je remarquai alors une chose qui tout d'abord m'avait échappé le dieu, quinze a vingt fois grandeur nature, avait de larges prunelles étrangement étincelantes.

" - Mais vous ne voyez donc pas, clama Slud, éperdu, ce sont des diamants, il a des yeux de diamant !

" Regardez ces feux qu'ils jettent au moindre balancement de la lanterne !

" Il n'y a pas moyen de s'y tromper.

" Je ne crois pas qu'il existe dans l'univers entier une troisi?me pierre aussi belle !

" Le Kohinoor, le Sancy, ne sont a côté que des cailloux ridicules.

" Il gesticulait, il gambadait, il perdait la t?te.

" - Ha ! ha ! ricana-t-il, messieurs les bonzes, vous allez nous donner une jolie indemnité pour notre détention illégale dans votre tour !

" A nous les prunelles du vieux Bouddha !

" Et d'abord, je veux leur donner nos noms.

" L'un s'appellera le Ralph, l'autre le Slud, c'est un moyen comme un autre de passer a la postérité.

" Qu'en dites-vous, mon vieux Ralph ?

" - Je dis, répliquai-je avec un sang-froid qui le stupéfia, que vous n'avez pas tout vu.

Regardez ce qu'él?ve le Bouddha dans sa main droite.

" - Eh ! pardieu, c'est un lotus !

" - Vous n'y ?tes pas, c'est bel et bien une clef, une énorme clef, pendant que la main gauche abaissée vers le sol s'appuie sur un coffre de bronze que j'avais d'abord pris, tant il est vaste, pour un petit autel...

" Nul doute que la clef n'ouvre le coffre.

" Nous avons s?rement mis la main sur un des trésors secrets du grand lama, confié a la garde du dieu lui-m?me !

" La joie de Slud, a cette révélation, ne connut plus de bornes.

" - Le trésor viendra apr?s les diamants !

" - Hurrah ! Tout va bien !

" - Donnez-moi, le couteau, Ralph ; je veux avoir la gloire de les détacher moi-m?me.

" - Voulez-vous que je vous aide ?

" - Inutile... Vite le couteau.

" Je le lui donnai et il sauta d'un bond sur l'autel. Il y eut alors un terrible grondement de tonnerre ; mais Slud avait déja escaladé le bras, puis l'épaule du dieu. Debout sur l'épaule, il fouillait l'orbite gauche.

" Il y eut un crissement de métal.

" - Et d'un ! hurla-t-il triomphalement en brandissant la pierre et il passa sur l'autre épaule.

" Était-ce une illusion ? Mais il me sembla que le Bouddha avait froncé ses sourcils de bronze, le sourire paisible de sa face éborgnée me parut plein de menaces.

" Slud mit un certain temps a arracher la seconde prunelle. Mais, lorsqu'il y parvint, la foudre éclata avec une si fracassante horreur que je crus que les étages du vieux temple s'écroulaient. La lanterne dansa au bout de son câble ; les images monstrueuses des Devas et des Asparas, des serpents ailés et des dieux zoocéphales eurent un mouvement pour quitter les bas-reliefs et allong?rent des t?tes menaçantes. Il me sembla que la face auguste du dieu maintenant aveugle s'entourait d'une auréole livide.

" Slud lui-m?me, surpris par la commotion, perdit pied et glissa ; s'il ne se f?t rattrapé et cramponné a un des ornements du diad?me de l'idole, il f?t tombé, f?t allé s'ouvrir le crâne sur le pavé du sanctuaire. Mais il ne fit que rire de cet accident.

" - Je crois, déclara-t-il, que le Bouddha veut m'impressionner avec ses coups de tonnerre. Nous ne sommes pourtant pas quittes. Maintenant, au trésor !

" Il avait mis les diamants dans sa poche et il descendait avec précaution.

" Pour moi, je demeurai a la m?me place, envahi d'une sourde terreur qu'augmentaient les ombres flottantes qui semblaient douer les murailles d'un frémissement de vie. Les gongs suspendus autour de l'autel répétaient encore le mugissement du tonnerre, et je discernai nettement dans ces voix de bronze de menaçantes intonations. J'avais le c?ur serré d'un affreux pressentiment et je vis bien que Slud partageait cette impression, car il ne riait plus, il ne plaisantait plus.

", Ce fut silencieusement qu'il prit la clef dans la main de l'idole et qu'il la fit entrer dans la serrure, puis se retenant d'une main a un câble qui pendait de la vo?te et, s'arc-boutant, il se mit en devoir d'ouvrir. Il y eut un bruit sec de déclic, le couvercle de la caisse se dressa, en m?me temps que, par un mécanisme savamment combiné, le dieu relevait sa main protectrice.

" Mais alors, comment vous dire l'effroyable catastrophe ? Le Bouddha, avec son terrible sourire, m'apparut dans un océan de flammes fuligineuses qui dardaient comme des serpents leurs langues bleuâtres jusqu'a mes pieds !

" A la place de Slud disparu, un génie au visage d'or, au torse d'or, s'agitait au milieu du brasier...

" Je demeurai paralysé par la peur, cloué au sol, éperdu, pantelant d'horreur.

" Le mugissement d'un coup de tonnerre plus violent que les précédents éclata presque a mon oreille, le brasier s'était éteint ; l'homme d'or se dressait seul immobile pr?s du coffre ouvert.

" Je demeurai quelques instants a demi évanoui...

" Quand je revins a moi, que je repris assez de courage pour m'approcher de l'autel, essayer de comprendre l'affreux prodige, je reconnus avec une terreur sans nom que l'homme d'or toujours immobile - c'était mon pauvre Slud...

- La foudre avait volatilisé l'or du coffre, murmura l'ingénieur. 

- Précisément, reprit Ralph Pitcher ; quand je fus pr?s de Slud, quand je le touchai, il tomba en poussi?re sous mes doigts et, sous cette poussi?re, je reconnus deux gros charbons luisants, qui étaient les prunelles du Bouddha... 

" La main relevée du dieu avait touché le câble du paratonnerre installé la sans doute autrefois par les jésuites... Je ne sais qui a pu avoir l'idée de ce mécanisme diabolique.

" Dans le coffre, la foudre avait respecté une boîte de laque pleine de gemmes de moindre valeur et de lingots d'or.

" J'eus le courage de m'enfuir avec ce butin, de regagner la porte secr?te, et je réussis a me sauver, en suivant la branche descendante du canal souterrain qui allait aboutir dans la jungle.

" Certes, je suis riche, mais il y a des moments o? cette richesse me p?se, quand je songe a la mort du pauvre Slud...

Un grand silence accueillit le récit de cette aventure extraordinaire, dont Ralph Pitcher paraissait aussi bouleversé que si elle e?t lieu la veille.

Robert Darvel s'empressa de changer la conversion.

Impressionné par ce récit, il se retira de tr?s bonne heure, mais en s'engageant a revenir le lendemain et non sans avoir formellement promis a son ami d'user de sa bourse comme de la sienne propre si jamais il en avait besoin.

 

III. UROKI I CZARY.

 

Robert Darvel oswoił się wkrótce z nowem życiem i ani przez myśl mu nie przeszło, aby miał kiedy rzucić przepyszne ogrody Kelambrumu i swoje zaciszne, bogato zaopatrzone laboratorjum. Myślał teraz wyłącznie o zgłębieniu tajemnic woli ludzkiej, tej cudownej siły twórczej, której dowody miał przed sobą co chwila. Na drodze tej nowej nauki uczynił już kilka kroków, lecz to było drobnostką w porównaniu z tym, co go zdumiewało w Ardavenie.

Oswoił się jednak z czarami i cudami fakirów, które go wprowadzały w podziw w początkach, a na- wet próbował z powodzeniem powtarzać łatwiejsze doświadczenia. Wielokrotnie bywał świadkiem rzeczy nadzwyczajnych: widział, jak na rozkaz fakira, wydany w myśli, zapalały się lub gasły pochodnie, kiełkowały i wzrastały rośliny, a owoce dojrzewały w przeciągu niewielu minut. Widywał węże, zamagnetyzowane wzrokiem tych ludzi, sztywne i twarde jak kawałki drzewa; patrzył nieraz na fakirów, zadających sobie straszne rany i gojących je w jednej chwili, bez śladu blizny.

Są to fakty znane i stwierdzone przez tysiące podróżników, ludzi poważnych, a nawet niejednokrotnie wciągane do protokółów, podpisywanych przez wysokich urzędników oraz oficerów angielskich.

Jednym z nadzwyczajnych objawów, którym zajmował się Robert z zapałem, było prawo lewitacyi, rozpowszechnione i tłomaczone w wielu poważnych wydawnictwach. W przytomności Ardaveny i Roberta, pewien fakir, nazwiskiem Fara-Szib, zażądał laski - a gdy mu ją dano, siedząc na ziemi ze skrzyżowanemi nogami, oparłszy się na lasce lewą ręką, zaczął powoli podnosić się w powietrze. Wzniósłszy się na dwie stopy nad ziemię, zatrzymał się, siedząc ciągle na skrzyżowanych nogach, bez innej podpory, prócz laski. Wkrótce i ją odrzucił, wzniósł się jeszcze na jedną stopę i pozostał tak, zawieszony w powietrzu, około dziesięciu minut. Potem zaczął się opuszczać na ziemię, aż się znalazł na macie, na której poprzednio siedział.

Tenże sam fakir, nie mając na sobie żadnego ubrania, dokonywał rzeczy, na widok których europejscy sztukmistrze, posługujący się rozmaitemi maszynerjami, pomarliby ze wstydu. Wyciągnął z ust swych tyle kamieni, że starczyło ich na wyładowanie wozu; następnie conajmniej sto metrów Ijan ostrych i kolczastych, któremi trzech ludzi owinęło pień drzewa, z czego się utworzył jakby wzgórek sporych rozmiarów. Wypowiadał ustępy znacznej długości z dzieł starożytnych i współczesnych autorów, których z pewnością nie czytał nigdy, w języku takim, jakim były pisane. Na jego słowo, sprzęty poruszały się z miejsca, posuwając się we wskazanym kierunku - drzwi otwierały się i zamykały same, a widzowie tracili zdolność ruchu i siedzieli jak martwi, niezdolni do najmniejszego poruszenia.

Największem jednak zdumieniem przejęło Roberta pochowanie żywego fakira, czego dokonał na sobie ten sam Fara Szib.

W dniu oznaczonym, w obecności oficerów poblizkiej załogi angielskiej, którzy byli obecnymi przy tem doświadczeniu - zjawił się Fara-Szib odziany tylko przepaską i w turbanie szpiczastym na głowie.

Poprzedzające trzy dni spędził na rozmyślaniu, wraz z drugim fakirem. Teraz, w obecności wszystkich, zalepił sobie dokładnie nos i uszy woskiem, a drugi fakir odwrócił mu język do góry i wepchnął w gardło tak głęboko, że zatkał nim całkowicie krtań. Prawie natychmiast po tem, fakir wpadł w sen letargiczny; zawinięto go w całun kształtu worka, który zaszyto i opieczętowano. Worek z fakirem włożono do trumny, którą dokładnie zamknięto na kłódkę i również opieczętowano, a następnie wstawiono do grobu murowanego, którego otwór starannie został zamurowany.

Na grobie został usypany spory wzgórek ziemi, który po udeptaniu obsiano zbożem; naokoło grobu dano mocną palisadę, której strzegła straż, zmieniana co godzina.

Roberta, którego cera, opalona słońcem indyjskiem, nie odróżniała od krajowców, a ubiór i turban zmienił do niepoznania - bawiły drobiazgowe ostrożności, przedsiębrane przez oficerów angielskich, w celu zapobieżenia wszelkiemu oszukaństwu. Byliby mocno zdziwieni wiadomością, iż w gronie braminów znajdował się sławny inżynier francuski, jako niemy świadek wszystkich przygotowań.

Fara-Szib oznaczył dzień swego powrotu do życia za trzy miesiące... Gęsta ruń młodego zboża pokrywała już mogiłę jego, a czujność Anglików nie osłabła ani na chwilę.

- Przyznaj - rzekł pewnego dnia Ardavena, śmiejąc się, - przypuściwszy nawet, (co jest niepodobieństwem), iż mój fakir mógł otrzymywać jakąś pomoc z zewnątrz, to trzebaby wytłomaczyć, jakim cudem może tak długo obywać się bez oddychania i pokarmu.

- Naturalnie; to też czekam jego przebudzenia z nieukrywaną ciekawością - odparł Darvel.

Dzień ów nadszedł nakoniec. W obecności osób, które były świadkami pochowania fakira, wyrwano rosnące na mogile zboże, a odrzuciwszy łopatami ziemię, wybito cegły, zamykające otwór grobu.

Wilgoć uszkodziła nieco trumnę, lecz kłódka, pieczęcie, oraz szwy worka, zawierającego ciało - pozostały nienaruszone.

Fara-Szib, skurczony we dwoje, był zimnym jak trup; tylko głowa zachowała słaby odcień ciepła. Położono go ostrożnie na macie, a jego pomocnik najpierwej przywrócił językowi jego naturalne położenie. Następnie, wyjął z nosa i z uszu zatykający je wosk, a całe ciało zaczął oblewać gorącą wodą.

Te zabiegi miały na celu wywołanie pierwszych oznak życia.

Jakoż wkrótce można było wyczuć nikłe uderzenia serca, słaby odcień rumieńca zabarwił policzki i niedostrzegalny prawie dreszcz przebiegł wyschłe ciało.

Po dwóch godzinach usilnych zabiegów, w których było i sztuczne oddychanie, fakir, przywrócony do życia, powstał i uśmiechając się, postąpił parę kroków.

 

II. ŹRÓDŁO ENERGII. 

 

Petchili odbywał swoją drogę w wybornych warunkach; po zwykłych przystankach na wyspie Malcie, w Port-Said i w Dżibuti, nasi podróżni wylądowali na wyspie Cejlon, w głównem mieście Kolombo. Stamtąd udali się do Karnaku, gdzie się znajduje sławna świątynia i klasztor Kelambrum.

Podczas podróży, Robert zawarł bliższą znajomość z Ardaveną i spostrzegł wkrótce, że człowiek ten posiadał zdumiewającą wiedzę i to w różnych kierunkach. Oprócz sanskrytu i innych narzeczy indostańskich, mówił z zadziwiająco czystym akcentem po angielsku, francusku i włosku. Znał również dobrze języki: arabski, perski, chiński, i w każdym z nich czytywał dzieła sławnych autorów w oryginale.

Ku wielkiemu zdziwieniu Roberta, był on także doskonale obeznanym z najważniejszemi odkryciami nowoczesnemi we wszelkich gałęziach nauk. Lecz najbardziej zdumiewającą była lotność jego umysłu, która mu pozwalała z drobnego nieraz szczegółu wysnuwać natychmiast wnioski uzasadnione i niezbite, rozwiązywać z niezwykłą jasnością najzawilsze zagadnienia.

Robert, pomimo swoich dyplomów i wynalazków, czuł się bardzo małym wobec tego szczególnego starca, który zdawał się być chodzącą encyklopedją ludzkiej wiedzy. Był jednak bardzo zadowolonym ze swej wyprawy, która, oprócz swej niezwykłości, zabezpieczyła go i pod względem materialnym, gdyż w dniu wyjazdu z Londynu, Ardavena doręczył mu tytułem zadatku, paczkę banknotów wartości około 2,000 funtów szterlingów.

Jedna rzecz go tylko martwiła: oto, że nie zawiadomił swego przyjaciela Ralfa ani o wyjeździe, ani o swem powodzeniu.

Nieraz już zabierał się do napisania do niego - lecz bramin, odgadując myśl jego, odradzał mu to stanowczo.

- Dla naszych przyszłych planów koniecznem jest, aby nikt nie wiedział, gdzie jesteś - mówił - i aby się Tobą wcale nie zajmowano. Każde przedsięwzięcie, o którem ludzie wiedzą, jest już przez pół chybionem! Później dostarczę Ci środków do porozumiewania się z przyjacielem - tymczasem, bądź o niego najzupełniej spokojnym: dobrze mu się dzieje!

Robert nie śmiał być nieposłusznym swemu szczególnemu współpracownikowi, ale przykrą mu była myśl, że Ralf może go mieć za obojętnego niewdzięcznika, lub opłakiwać może zgon jego.

W końcu podróży Ardavena namówił go, aby zamienił suknie europejskie na lekki ubiór indyjski, składający się z kawałka delikatnej tkaniny, długiego na 20 do 30 metrów, który się owija dokoła ciała - oraz lekkiego białego turbanu.

Gdy jeszcze ogolił zarost i głowę, wyglądał jak prawdziwy indus.

Odpocząwszy parę dni po żegludze, podróżni nasi odbywali dalszą drogę na grzbiecie słoni. Urocza to była podróż! Przebywali lasy kwieciste i zacienione, pełne odurzającego zapachu cudnych kwiatów; były w tych puszczach jeziora, okolone świątyniami z różowego marmuru, pełne śnieżystych lotosów, - to znów droga wiodła przez pustynie kamieniste, spalone słońcem, bez śladu roślinności.

Robert w licznych swych podróżach widywał wiele pięknych okolic; nie mogły się one jednak porównać z temi, które obecnie podziwiał. Czuł się pośród tej wspaniałej, bajecznie bujnej przyrody, odmłodzonym i rzeźkim, i ze swawolą chłopięcą zbijał kamieniami z wyniosłych drzew kokosowe orzechy, których łupinami celował potem w małpy, bujające się na ogonach owiniętych wkoło gałęzi i wrzeszczące niemiłosiernie.

Zadziwiała go też podróż, szybka a tak wygodna, jakby oddawna już urządzono i przygotowano wszystko. Gdy przybyli z Kolombo do Karikal, tragarze odnieśli ich w lektyce do pałacu bogatego radży, gdzie znaleźli wszystko przygotowane na swoje przyjęcie. Uczta dla nich była przygotowana w ustronnej sali, lecz oprócz licznej służby, bacznej na każde skinienie, nie widzieli nikogo. To samo powtarzało się przez cały czas dalszej podróży, którą wygody, spokój, przygotowane zawczasu przyjęcia, czyniły jakąś baśnią czarowną.

Nakoniec pewnego popołudnia przybyli do klasztoru w Kelambrum. Potężne jego kopuły wznosiły się ponad otaczające go palmy i magnolje a smukłe wieżyce minaretów odcinały się ostro na czystym lazurze nieba. Przebywszy galerję podziemną, Robert stanął olśniony. Dookoła wielkiego stawu, pokrytego wodnemi kwiatami, stały świątynie i pałace z białego marmuru i czarno-różowego granitu, a niektóre z nich mogły śmiało współzawodniczyć ze sławnemi pomnikami Egiptu. Były tam aleje z dwóch szeregów słoni kamiennych, dźwigających na grzbiecie różne bóstwa, całe lasy kolumn pięknych i delikatnie rzeźbionych.

Darvel zachwycał się temi cudami, a bramin, który mu służył za przewodnika, wprowadził go na olbrzymi dziedziniec, pośrodku którego bił pyszny wodotrysk. Wtem Robert wydał okrzyk zgrozy: na brzegu świętego stawu, w którym bramini myją się kilka razy dziennie, oraz obmywają posągi bożków, około setki ludzi stało lub siedziało w najdziwaczniejszych powykrzywianych postawach. Robert doznał dziwnego ściśnienia serca; sam ten widok był męczarnią dla niego, zdawało mu się, iż jest przeniesiony do piekieł.

- Co to jest? - szepnął - gdzie ja jestem?

- Jestto miejsce, gdzie przebywają fakirzy, skazujący się dobrowolnie na różne próby i męki, aby się przypodobać bóstwu.

Patrz: ten, aby pozostać wiernym ślubowi milczenia, zeszył brzegi warg, pozostawiając tylko mały otwór, którym wciąga przez rurkę nieco polewki z rozgotowanego ryżu. Ten drugi, przed dawnemi laty kazał się przybić za uszy do drzewa. Od tego czasu pień zgrubiał, rozciągając uszy, które wyglądają teraz jak skrzydła nietoperza. Tamten trzymał tak długo ręce złożone w pięści i związane sznurem, aż paznokcie, wciąż rosnąc, przebiły ciało i wyszły wierzchnią stroną ręki. Teraz czołga się na czworakach, jak zwierzę, do swojej miseczki z ryżem!

Robert milczał. Zdawało mu się to wszystko złudzeniem, jakąś straszną zmorą.

Na wierzchu nizkiej kolumny siedział nieruchomo fakir, przerażającej chudości. Zdawał się być zupełnie pozbawionym życia; siwa broda spadała mu aż do pasa, a we włosach, skłębionych i splątanych, ptaki uwiły sobie gniazdo. Małe złociste jaszczurki przebiegały po jego udach, prześlizgując się między palcami nóg, wyschłemi jak u mumji.

Było tam jeszcze wielu innych pokaleczonych dobrowolnie i zadających sobie tak wymyślne męki, że Robert uczuł zawrót głowy.

- Wyjdźmy stąd, - szepnął - niepodobna patrzeć na to! Jakże możecie zezwalać na podobne okropności?

- Nie mogę temu przeszkodzić - odrzekł bramin. - Utraciłbym wszelką władzę nad tymi, którzy powinni być mi posłuszni, gdybym się sprzeciwił torturom, zadawanym sobie samym przez tych nieszczęśników. Przekonasz się, że i tak zrobiłem już wiele w tym względzie.

- Ależ to jest wprost oburzające!

- Pomówimy o tem później; teraz pokażę ci widok przyjemniejszy od tamtego.

Robert nic nie odpowiedział. Zaczynał trochę żałować, iż zbyt pośpiesznie przyjął propozycję bramina, wskutek czego był zdanym na jego łaskę i niełaskę.

- Kto wie? - mówił do siebie, przypominając sobie różne stare legiendy o zaprzedawaniu duszy djabłu - czy ten szczególny a błyskawicznie szybki sposób, w jaki on mię oponował, nie ma w sobie czegoś nadprzyrodzonego?

I na tę myśl uczuwał dreszcz przestrachu. Przyczem dręczyło go to, że nie był już panem swoich myśli: wiedział o tem, że ten starzec z jasnym, mądrym wzrokiem, czytał w nich jak w otwartej księdze.

To przykre uczucie jednak rozproszyło się wkrótce i Robert powiedział sobie:

- Bezwątpienia Ardavena mówi prawdę, gdyż odczuwam jego niezmierną silę moralną. Otóż muszę uczyć się od niego walczyć w swojej obronie i starać się wynaleźć przyczyny otaczających mię dziwów, na pozór niewytłomaczonych.

Przybyli do ogrodów, otaczających mieszkanie przełożonego braminów. Pałac, któregoby pozazdrościł niejeden miljonowy radża, był okolony ogrodami, pełnemi kwiatów, wody i ciszy. Niezliczone posągi bóstw ożywiały jednostajność zieleni a Robert zauważył z przyjemnością, iż wieża, wyznaczona mu na mieszkanie, była zupełnie odosobniona od reszty budowli; płot z kolczastych kaktusów i akacji odgradzał tę część ogrodu.

- Tu będę zupełnie swobodnym - pomyślał.

Ardavena jednak sprawił mu jeszcze większą radość: po stopniach, wykutych wewnątrz skały, wprowadził go do wysokiej, sklepionej sali z górnem światłem. Było to prawdziwe laboratorjum uczonego, urządzone z nowoczesnym komfortem. Nie brakło tam ani bibljoteki, ani szaf, zapełnionych chemikaljami; stosy elektryczne były całkiem gotowe, a przyległy pokój był urządzony dla dokonywania sekcji i wyłożony całkowicie białym marmurem.

- Tu będziesz mógł pracować, będąc zaopatrzonym we wszystko - rzekł bramin. - Jeśliby zaś czego brakło, to zażądaj tylko, a dostarczę wszystkiego w najkrótszym czasie.

- Czy tu nikt nie mieszkał? - spytał Robert.

- Nie, jesteś pierwszym mieszkańcem tego ustronia. Wszystkie narzędzia są prosto ze składu, żadna butelka lub słój nie był odkorkowany, a książki mają kartki nierozcięte.

Robert cieszył się, jak dziecko, tem urządzeniem bogatem a wykwintnie czystem, zaś radość jego dosięgła szczytu, gdy znalazł cały ładunek książek i fotografji, odnoszących się do Marsa.

- Widzisz, że myślałem o twoich upodobaniach - rzekł Ardavena, - możesz się zajmować czem tylko sam zechcesz i prowadzić swoje doświadczenia w sposób, jaki sam uznasz za najstosowniejszy. Co więcej, nie potrzebujesz się w pracach swoich liczyć ani z czasem, ani z wydatkami. Niewielu uczonych znajduje się w tych warunkach!

Robert odzyskał swój dawny zapał do pracy i marzyć zaczął o wynalazkach, mających zmienić postać świata. Pogrążył się teraz w czytaniu dzieł naukowych, tak bardzo, iż podczas wielu dni następnych niewidywał wcale bramina.

Jak gdyby dla zdobycia jego zaufania ten ostatni zostawiał mu zupełną swobodę. Pozwolił mu wydalać się po za obręb klasztoru, a pyszny słoń wraz z kornakiem był zawsze w pogotowiu do wycieczek w lasy sąsiednie.

Darvel urządził sobie życie nader przyjemnie: miał na swoje rozkazy dwóch służących, Malajczyk, który służył poprzednio w aptece w Singapore, pomagał mu w laboratorjum.

Każdego rana wychodził na przechadzkę po ogrodach, pełnych woni i śpiewu ptaków, a gdy upał się wzmagał, wracał do laboratorjum, skąd wychodził dopiero nad wieczorem, na obiad. Dzień kończył zwykle marzeniami przy świetle księżyca, przeświecającego przez aleje olbrzymich baobabów i tamarynd.

Ardavenę odwiedzał bardzo rzadko, zastając go zwykle przy pisaniu, lub czytaniu w izdebce małej, chłodnej, w której nie było nic więcej oprócz siennika i dzbanka wody. Tam też odnalazł tygrysa Mowdi, z którym był teraz w najlepszej zgodzie. Gdy tylko zwierz ujrzał Roberta, podchodził ku niemu, mrucząc przyjaźnie, a Darvel głaskał jego puszyste, czarno-żółte futro.

Inżynier czuł się tak dobrze w tem spokojnem ustroniu, iż nie żałował wcale świata, którego się wyrzekł dla samotni indyjskiej. Trzeba dodać, iż bramin nie myślał wcale gościowi swemu narzucać praktykowanych przez siebie i swoje otoczenie umartwień. Pożywienie było delikatne i wytworne, łącząc w sobie wykwint europejskiej i miejscowej kuchni.

Brakło mu tylko wiadomości o Ralfie, którego, nie mając bliższej rodziny, pokochał jak brata, - aby się czuć całkiem szczęśliwym. Użalał się na to przed braminem, przechadzając się z nim pewnego dnia w olbrzymiej galerji podziemnej, oświetlonej pochodniami, - a ten zapytał:

- Czy tak wiele ci zależy na tym, aby dowiedzieć się czegoś o Ralfie? Aby mu przesłać wiadomości o sobie?

- O tak! Bardzobym tego pragnął!

Ardavena pomyślał przez chwilę, potem rzekł:

- A więc dobrze! Zaspokoję to pragnienie: nietylko uspokoimy twojego przyjaciela, lecz zobaczysz go własnemi oczami. Niewolno ci jednak odezwać się do niego ani słowem!

Robert bardzo wzruszony, choć trochę niedowierzający, szedł za braminem aż do wysokiej, sklepionej krypty, wspartej na grubych kolumnach. Zdawało mu się, że jest w nawie jakiejś gotyckiej kaplicy; lecz w miejscu ołtarza było tam tylko ogromne zwierciadło.

Dwaj fakirzy zapalili przed niem pochodnie z wonnego wosku i oddalili się cicho.

- Ujrzysz, co widzieć pragniesz - rzekł wówczas bramin - lecz cokolwiekbądź zobaczysz, musisz zachować najgłębsze milczenie, pod karą natychmiastowej i strasznej śmierci; gdyż wprowadzam tu w ruch siły potężne, któremi trudniej kierować, aniżeli parą lub elektrycznością.

Robert zobowiązał się milczeć. Ardavena zaś, ustawiwszy w trójkąt trzy złote trójnogi, napełnione żarzącemi węglami, brał z małej puszki, którą nosił u pasa, szczypty kadzidła i rzucał na węgle. Wkrótce dym gęsty zaciemnił wnętrze krypty.

Płomienne pochodnie przybladły, zwierciadło przysłoniło się mgłą, z której zwolna zaczęły się uwydatniać wyraźniejsze zarysy. Stopniowo zjawisko zrobiło się coraz jaśniejszem i wyrazistszem, podczas kiedy reszta krypty pogrążoną była w ciemności.

Robert zaledwie powstrzymał okrzyk zdumienia. O kilka kroków przed sobą ujrzał Ralfa, robiącego sekcję zwłok jakiegoś ptaka, przy świetle lampy, przepuszczonem przez szklaną banię, pełną wody.

Widział każdy ruch swego przyjaciela, słyszał go mówiącego do siebie, jak miał w zwyczaju.

Po jakiejś chwili do pokoju naturalisty weszła jego matka i przypomniała mu, że już czas na spoczynek. Ralf usłuchał wezwania z kwaśną miną, podniósł się powoli i zaczął się przygotowywać do spania; wreszcie położył się na łóżku i usnął.

Ardavena dotknął ręką czoła Roberta, a młody człowiek, poddając się tajemniczej woli, której nie próbował nawet oprzeć się, znalazł się w mieszkaniu Ralfa, którego rozkład znał dobrze.

Bezwiednie, posłuszny kierującej nim sile wyższej, wszedł do pracowni, znalazł pióro i atrament, i nakreśliwszy kilka wierszy na kawałku papieru, położył go na stoliczku, przy łóżku Ralfa. Chciał coś powiedzieć, lecz Ardavena ruchem ręki nakazał mu milczenie i znów rzucił na węgle nieco kadzidła. Zwierciadło przysłonił, jak za pierwszym razem, dym wonny i gęsty, a gdy się rozwiał, Robert ujrzał piękne i szlachetne rysy Alberty de Teramond, swej dawnej narzeczonej.

Zanim zdołał się opamiętać, uczuł na czole dotknięcie ręki bramina, a za chwilę ujrzał się przed tem samem zwierciadłem. Teraz jednak odbijało ono tylko blade światła pochodni i kolumny sklepienia...

 

IV. KONDENSATOR ENERGII. 

 

Ku wielkiemu zdziwieniu Ardaveny, Robert nie okazał na widok tego zdumiewającego doświadczenia podziwu, jakiego się bramin spodziewał.

Młody człowiek powrócił do swego mieszkania, nie wymówiwszy ani słowa i zamknął się w laboratorjum, gdzie pozostawał przez dwa tygodnie, nie chcąc widzieć nikogo.

Kiedy wyszedł wreszcie, miał wygląd człowieka, pochłoniętego jedną wyłącznie myślą; przesadzając po kilka stopni odrazu, przebiegł schody, dzielące go od celi Ardaveny i otworzył drzwi szybko.

- Zwycięstwo! Już znalazłem! - zawołał.

- Co takiego? - spytał bramin.

- Sposób porozumiewania się z planetą Marsem a nawet dostania się tam. Pozatem będziemy mogli dopełnić mnóstwo zdumiewających rzeczy, wobec których wasze cuda będą drobnostkami!...

- Słucham - rzekł zimno Ardavena.

- To jest rzecz zupełnie prosta - tylko trzeba było wpaść na tę myśl. Będąc obecnym przy posiedzeniach waszych fakirów, doszedłem do tego wniosku: jeśli wola jednego człowieka, skupiona przez kilka minut, wystarcza do natychmiastowego wyzwolenia go od siły przyciągania planetarnego - cóż byłoby niemożebnem dla woli tysięcy energicznych ludzi, skupionej przez czas długi? Jestem pewny, że w ten sposób możnaby oswobodzić dany przedmiot, - i to na czas określony, - od praw, rządzących przyrodą.

- Bardzo pięknie! - szepnął bramin, którego spokojna i nieprzenikniona zwykle twarz pobladła i wyrażała głębokie przejęcie, tym razem nie ukrywane - ale potrzebnym byłby jakiś przyrząd, któryby skupiając w sobie promieniowanie tej rozproszonej siły, pozwolił ją następnie skierować na jakiś cel moralny lub materjalny!?

- Plan tego przyrządu już mam - przynajmniej w teorji! Rozmyślałem nad tem przez dni piętnaście i mam już szkic Kondensatora energji. Jego siła przedłuży życie konającym, wskrzeszać będzie umarłych, zatrzymywać w pochodzie armje całe, lub wylewy rzek - przez nią można się będzie przenosić z jednego końca świata na drugi z szybkością myśli, lub iskry elektrycznej!

- W jakiż to sposób?

- Czyż myśl ludzka nie jest ruchliwszą i szybszą, niż fluid elektryczny? Znane są wypadki zatrzymywania umierających, u wrót śmierci prawie, przez silną wolę jakiegoś przyjaciela lub krewnego, który błaga, lub rozkazuje im żyć jeszcze. Czegóżby zatem nie mogła dokazać siła podobna, podniesiona do stutysiecznej potęgi przez usiłowanie mnóstwa umysłów, skierowanych ku jednemu celowi?!

- Zapewne, ale gdzież ów przyrząd?

- Już go mam prawie! Składa się on z ogromnej ciemni optycznej, która różni się tem od znanych dotąd, że jest całkiem okrągłą, a wnętrze jej będzie wysłane żelatyną fosforyzowaną, której formułę chemiczną już oznaczyłem. Żelatyna ta posiada niektóre własności materji mózgowej.

Właśnie ta delikatna powłoka, której przygotowanie będzie nader kosztownem, odgrywa względem ludzkiej woli skupionej - rolę akumulatorów względem energji elektrycznej.

Naczynie szklane wielkich rozmiarów, w kształcie baryłki, a napełnione tąż samą substancją, wzmocnioną jeszcze przez kąpiel w płynie naelektryzowanym i umieszczone na przedzie aparatu będzie zbiornikiem całej energji ludzkiej, skierowanej do niego.

- Dlaczego nadajesz swojej ciemni kształt okrągły? - zapytał Ardavena, słuchający młodego inżyniera z zapartym oddechem.

- Bo, jak z żelatyny fosforyzowanej próbowałem stworzyć coś zbliżonego do substancji mózgowej, tak przy pomocy ciemni optycznej chcę naśladować budowę oka, jako jedynego organu ludzkiego, zdolnego odbierać rozkazy woli i przekazywać je innym organom.

- Rozumiem doskonale! Jednakże, naładowawszy wolą komórki tego sztucznego mózgu, w jaki sposób będzie można ją przekazywać na pewną odległość?

- Zaraz to wyjaśnię! Po za aparatem znajduje się rodzaj fotela, którego boczne poręcze są zakończone metalowemi kulami; w każdej z nich jest mnóstwo małych otworków, jak w sitku polewaczki. Z nich to właśnie wychodzą elektro-nerwowe włókna, zanurzone drugim końcem w masie żelatynowej. Dla użytkowania z naładowanego kondensatora, potrzeba tylko, usiadłszy na fotelu, położyć ręce na kulach.

Po kilku chwilach czyniący to doświadczenie może już rozporządzać całą energją, nagromadzoną w przyrządzie. Jego wola i twórczość zostają natychmiast spotęgowane przez wolę tych wszystkich, którzy uczestniczyli w naładowaniu kondensatora. Potęga jego władz umysłowych jest w ten sposób przedłużoną prawie do nieskończoności.

- Proszę, wytłomacz mi to dokładniej!

- Widziałem, jak jeden z tutejszych fakirów spojrzeniem swojem obezwładnił człowieka innego tak, że ten nie mógł nietylko powstać, ale nawet się poruszyć. Zaręczam, że ten sam fakir, trzymając ręce, oparte na kulach mego kondensatora, mógłby obezwładnić cały tłum, tylko...

- Ach! jest więc i zastrzeżenie! - rzekł bramin szyderczo.

- Raczej przestroga! Człowiek, siedzący na aparacie, wchłaniający w siebie i ciskający jak groty zebraną wolę, energję tylu ludzi, doświadczy strasznego wyczerpania, które odczuwać jeszcze będzie przez szereg dni następnych.

Można się nawet obawiać, iż wskutek takiego wysiłku mózgu zostanie idjotą lub szalonym.

- Wprawdzie, spodziewam się obmyśleć środek dla usunięcia tej niedogodności - dodał Darvel po chwili - lecz na razie nie znam go jeszcze.

- A zatem, do pracy - młodzieńcze! Proszę, nie szczędź niczego, byle tylko spełniły się nasze nadzieje!

Ardavena postąpił już kilka kroków ku drzwiom, kiedy nagle zawrócił się i rzekł:

- Jeszcze słówko! Powiedziałeś przed chwilą, że znalazłeś sposób dostania się na Marsa?

- Tak jest; i nie będzie to wcale trudniejszem, aniżeli inne rzeczy, które wymieniłem, mówiąc o zasadzie lewitacji: jeżeli jeden człowiek może własną wolą wznieść się na kilka stóp w górę, to dojdzie tam, dokąd zechce, jeśli tylko zbiorowa wola wielu ludzi będzie dość potężną!

Robert zabrał się gorączkowo do pracy. Po kilku dniach szkielet "kondensatora energji" był ukończony: miał kształt kulisty, z olbrzymiem okiem pośrodku. Całość spoczywała na metalowej podstawie, otoczone] balustradą, na której znajdował się fotel dla wykonywującego doświadczenia.

Przygotowanie żelatyny fosforyzowanej, której siła została zwiększoną przez kąpiel w płynie naelektryzowanym, było dość trudnem i musiano je kilkakrotnie powtarzać.

Nakoniec, usilna praca i cierpliwość zwyciężyły. Kondensator został ustawionym na jednym z olbrzymich dziedzińców wewnętrznych klasztoru; przykryto go bawełnianą oponą, dla ochrony od skwaru słońca i oczu ciekawych.

Wieczorem, w dniu, kiedy roboty te ukończono, Ardavena i Robert przechadzali się w blizkości przyrządu, dokoła którego żelatyna roztaczała blask blady, lecz widoczny w ciemnościach.

- Obawiam się, - rzekł Robert - aby w ostatniej chwili nie zaszła jakaś przeszkoda, spowodowana drobnem przeoczeniem, co mogłoby zepsuć pierwszą próbę.

- Ja zaś, - rzekł bramin - wierzę mocno, że się to uda. W jaki sposób będziesz robił doświadczenia?

- Co do tego nie może być dwóch zdań. Najprzód, przez doświadczenia próbne zbadamy siłę aparatu, a powiększając stopniowo czas ich trwania, dowiemy się, jakie ciśnienie i jak długo może on wytrzymać.

- A gdybyśmy spróbowali teraz? - zagadnął bramin.

- Nic nie stoi na przeszkodzie! Proszę umieścić się przed owem okiem, czyli objektywem i skupić we wzroku całą swą siłę woli.

Ardavena usłuchał Roberta z pośpiechem. Przez całą godzinę wpatrywał się nieruchomy w potrójną kryształową soczewkę, która zdawała się wchłaniać tajemnicze wyziewy jego myśli i mózgu.

Robert, nieruchomy jak posąg, patrzył z bijącem gwałtownie sercem i nakoniec - o radości! - ujrzał, jak bladawe światło, otaczające kulę kryształową, staje się coraz silniejszem. Zaczęły po niem przebiegać drobne płomyczki, które przechodziły w błękitnawe błyskawice, w miarę jak żelatyna wchłaniała w siebie potężną wolę bramina.

- Dosyć! - rzekł nagle Robert. - Nie trzeba na pierwszy raz ani się męczyć, ani zmuszać przyrządu do dłuższego działania.

Ardavena odstąpił nieco i podziwiał wraz z Darvelem piękne światło, wydzielające się z kuli!

Oświetlało ono wszystkie bliższe przedmioty jasnością białą, zbliżoną zupełnie do dziennej.

- Teraz - rzekł poważnie Robert - jestem pewny mego odkrycia!

- To jeszcze nie wszystko! - rzekł bramin z uśmiechem zagadkowym. - Musimy się jeszcze dowiedzieć, czy będę mógł rozporządzić moją wolą z równą łatwością, jak ją tu zgromadziłem? I czy jedna chwila wystarczy na wyładowanie tej siły, skupionej w przeciągu godziny? To właśnie chciałbym wypróbować jak najprędzej - choćby zaraz!

- Jeżeli pan sobie życzy - rzekł Robert - możemy!

Ardavena usiadł na fotelu i kładąc ręce na metalowych kulach, zakończających jego boczne poręcze, a pocentkowanych drobnemi ognikami, utkwił wzrok w Robercie.

Dwa promienie, dwie błyskawice ciemno-niebieskiego koloru wytrysły z jego źrenic, a inżynier, rażony jak piorunem, tym straszliwym wzrokiem, padł bez, życia na ziemię.

 

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Ardavena zerwał się z fotelu pod wpływem gwałtownego wzruszenia a spoglądając na nieruchome ciało, leżące u jego stóp, zawołał z tryumfem:

- Nie ujrzysz już nigdy tego świata, szaleńcze! Będziesz ukaranym za twoje nierozważne zaufanie, którym mnie obdarzyłeś! Jestem teraz posiadaczem twoich odkryć i tajemnic; a ty pójdziesz, na mój rozkaz, zwiedzać i zdobywać światy nieznane, których cudów wyobraźnia ludzka ogarnąć nie może!

Chytry bramin, rozpromieniony radością, która mu piersi rozsadzała, wziął na ramiona nieruchomego Roberta i zaniósł go do krypty, zamieszkanej przez Fara-Sziba i jego towarzysza.

Na widok przełożonego obaj wstali z uszanowaniem z maty, na której siedzieli, a Fara-Szib spytał:

- Czego potrzebujesz, mistrzu?

- Widzisz tego człowieka? Powierzam ci go; czuwaj nad jego życiem, gdyż jest mi ono potrzebnem. Niech nie dozna żadnej krzywdy!

Musisz go wprowadzić w ten sam stan, w jakim się znajdowałeś przez parę miesięcy, gdyś był pogrzebiony żywcem. Trzeba, ażeby przez czas możliwie długi nie potrzebował powietrza, ani posiłku, oraz aby w przypadku zranienia nie czuł żadnego bólu.

- To jest niepodobieństwem. Ja byłem do tego przygotowany przez długie lata, spędzone na umartwieniach i rozmyślaniu; lecz obawiam się, że to ciało, tak mało uduchowione, nie wytrzyma próby.

- Chcę tego! - rzekł bramin stanowczo.

- Spróbuję, mistrzu!

- Ile potrzeba na to czasu?

- Przynajmniej miesiąc.

- Dobrze. Pamiętaj o mojej woli!

Po tych słowach wyszedł Ardavena, wracając do swej celi, z płomiennym wzrokiem i twarzą rozjaśnioną uśmiechem tryumfu.

 

 

III - DISPARU 

 

Le lendemain, Pitcher attendit vainement son ami toute la journée, il ne s'alarma pas tout d'abord ; mais, quand trois jours se furent écoulés et qu'a l'hôtel o? Robert était descendu on lui dit ?tre sans nouvelles de lui, il commença a avoir de sérieuses inquiétudes. 

Robert m'aurait écrit, pensa-t-il, il était trop heureux de me revoir ; nous sommes d'anciens camarades, jamais l'ombre d'une fâcherie n'a obscurci notre vieille amitié. Il faut qu'il lui soit arrivé malheur.

Pitcher ne descendait gu?re dans Londres que deux ou trois fois par mois, pour porter des pi?ces aux amateurs et aux grands marchands, et pour remettre ses manuscrits aux savants connus, qui les signaient a sa place.

Ralph était un homme de c?ur, il n'hésita pas une minute a abandonner ses oiseaux pour se mettre a la recherche de Robert. Il endossa une p?lerine en drap imperméable et, muni d'un revolver et d'une grosse canne, il partit en expédition.

Je vais aller directement rue d'Yarmouth, dit-il, et demander moi-m?me le signataire de la lettre, cet Ardavena, dont j'ai heureusement retenu le nom. La, j'apprendrai s?rement quelque chose de plus.

Apr?s une course de deux heures il atteignit enfin la rue d'Yarmouth et fit halte, tr?s essoufflé, devant une porte coch?re toute vermoulue, dont la peinture tombait par écailles. Il frappa vainement du marteau de fer sur le heurtoir, cogna m?me aux persiennes, si pourries qu'elles s'effrit?rent sous son poing.

Tr?s mécontent de ne recevoir aucune réponse, il s'adressa a une fruiti?re que son vacarme avait attirée dans la rue et qui, les mains sur les hanches, le considérait d'un air goguenard.

- Mon bon monsieur, fit la dame avec un fort accent irlandais, vous perdez votre temps et vos peines. Il y a plus de cent ans que la maison est inhabitée. Vous n'avez qu'a regarder tous les carreaux sont cassés, le toit est crevé, c'est une vilaine baraque et cela vaut de l'argent pourtant. 

Peu satisfait du renseignement, Pitcher interrogea successivement un épicier, un fish-monger et deux policemen, des balayeuses, qu'il gratifia de pi?ces de six pence sans obtenir aucun éclaircissement.

Il regagna tr?s tard sa boutique. Mrs. Pitcher le reçut fort mal.

- Et voila comme tu passes tes journées, lui dit-elle ; ton ami est un aventurier, une esp?ce d'inventeur, quoi ! Il a trouvé une bonne affaire, il est parti et se moque de toi a l'heure qu'il est. Il faut que tu sois vraiment na?f, mon pauvre enfant. Il se retrouvera bien, n'aie pas peur. 

- Je ne comprends pas que tu parles ainsi, fit le naturaliste. Est-ce que tu peux savoir ? Et si notre ami avait été attaqué par les rôdeurs de Drury-Lane ! 

- Eh bien ! grand niais, tu iras porter plainte chez le constable. Tu l'aurais fait d?s aujourd'hui, si tu écoutais un peu plus les conseils de ta vieille m?re. 

Pitcher reconnut de bonne grâce qu'il avait tort, alluma une pipe et monta a son atelier pour travailler a la dissection d'un aptéryx de la Nouvelle-Zélande, qu'il devait étudier le lendemain.

Les jours suivants, il continua son enqu?te ; mais ni sa perspicacité naturelle, ni les efforts des plus habiles détectives, ni m?me l'initiative des agences de renseignements (private-police) ne fournirent aucune donnée utile sur ce qu'avait pu devenir l'ingénieur Robert Darvel.

Tout ce que Pitcher put apprendre, c'est que l'hôtel abandonné qui portait le numéro 15 de la Rue Yarmouth était, par suite d'un proc?s compliqué entre des héritiers français et des héritiers anglais habitant l'Inde, sous séquestre depuis de longues années.

Un mois se passa sans apporter aucune lumi?re sur le sort de Robert Darvel.

Pitcher avait cessé ses recherches ; mais, depuis ce temps, il était mélancolique. Il ne se passait gu?re de nuit sans qu'il r?vât de son ami disparu. Il se reprochait am?rement de ne pas l'avoir accompagné. Il y avait désormais un point noir dans son bonheur. Et mistress Pitcher en exhalait tout haut des plaintes acerbes.

- Depuis que ce M. Robert t'a vu, répétait-elle, tu es tout changé. Tu ne manges plus ; nous avions bien besoin de cela... On était si heureux, si tranquilles. Maintenant tu n'as plus le c?ur au travail, tu t'ennuies, tu es triste... Ah ! nous n'avons vraiment pas eu de chance. 

 

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Un matin en s'éveillant, apr?s une nuit remplie de cauchemars, Pitcher fut épouvanté de trouver sur sa table de nuit, a côté de l'encrier et de la plume, qu'il était s?r d'avoir laissés dans son atelier, une feuille de papier sur laquelle étaient tracées quelques lignes signées Robert Darvel :

" Ne vous inquiétez pas de ce que je suis devenu, disait l'ingénieur. Je suis en train de résoudre un merveilleux probl?me, je reviendrai d'ici peu. Surtout ne vous faites aucun chagrin a cause de moi et ne cherchez pas a savoir par quel moyen j'ai réussi a vous donner de mes nouvelles ".

Bah ! s'était d'abord écrié le naturaliste, c'est une plaisanterie : Robert est venu et il a d? passer par la fen?tre pour me faire cette blague-la.

Mais la fen?tre était a vingt pieds du sol et un " massif " hargneux qui ne connaissait que ses maîtres errait toutes les nuits dans le petit jardin. 

L'honn?te Pitcher eut quelques instants une frayeur légitime. Toutes les histoires de survie, d'apparitions, de spiritisme qu'il avait entendues ou lues lui revinrent en mémoire.

Si la maison est hantée, que va dire maman ?

Mais il y avait en lui un tel fonds d'optimisme et de candeur qu'il finit par conclure que Robert avait fait sans doute une nouvelle et miraculeuse invention.

- Ce Darvel est si malin, s'écria-t-il, qu'il a d? trouver quelque chose de peu banal. Il m'en donne l'étrenne, c'est tout naturel. Ce doit ?tre une machine dans le genre du télégraphe sans fil. 

Et Pitcher rentra dans son atelier, pour mettre la derni?re main a l'empaillage d'un super ménure-lyre, destiné au cabinet d'histoire naturelle du muséum d'Édimbourg.

WIĘZIEŃ NA MARSIE 

 

I. TAJEMNICZY DOM.

 

- Więc nie zostajesz z nami stanowczo? - pytał Ralf swego przyjaciela, Roberta Darvela.

- Nie mogę! Sam przyznasz, iż nie godzi się opuszczać tak doskonałej okazji. Ten pan Ardavena, który mnie wzywa na schadzkę w tak dziwny sposób, musi być jakimś bogatym fabrykantem lub przemysłowcem, który chce pozyskać mnie a raczej moją pomysłowość dla swych interesów. Wobec tego, że kasa moja zupełnie pusta, propozycja taka uśmiecha mi się bardzo!

- Bodaj byś się nie omylił! - odparł Ralf Pitcher, nieco niedowierzająco. - Ton listu nie jest wyraźny!

Robert wyciągnął z kieszeni arkusz papieru, zapisany pismem powikłanym i tajemniczym i odczytał głośno.

"Panie! Miałem sposobność zapoznać się z pańskiemi pracami oraz podróżami i chcę panu zaproponować rzecz ważną a zajmującą. Proszę o zobaczenie się ze mną w piątek o godzinie dziesiątej wieczorem w mieszkaniu przy ulicy Yarmouth Nr. 15. Proszę o nieodzowne przybycie, gdyż chodzi tu o rzecz ważną dla nas obu.

Ardavena."

- Hm! List ten nie wygląda na to, by go pisał fabrykant lub przemysłowiec! - mruknął Pitcher niedowierzająco.

- Może jakiś dziwak! A no, zobaczymy! Jutro po obiedzie opowiem ci wszystko! A teraz muszę śpieszyć! Żegnaj! - zawołał wesoło Robert i pożegnawszy przyjaciela, raźnym krokiem pośpieszył naprzód.

Noc już była oddawna zapadła, kiedy Robert wchodził na ul. Yarmouth, skąpo oświetloną, cichą i zamarłą. Minął uliczkę Pitter, na której panowała tak głucha cisza, że szczury przebiegały środkiem ulicy.

Robert doznał mimowolnego ściśnienia serca: nigdy jeszcze nie czuł się tak samotnym. Ulica wydawała mu się jakiemś cmentarzyskiem minionego życia; dachy spiczaste i wysokie spoglądały okienkami okrągłych dymników, a chorągiewki poruszane wiatrem, jęczały żałośnie.

- Nie, - rzekł Robert do siebie - to musi być coś więcej, aniżeli schadzka dla porozumienia się w interesach!

Przeczuwał jakieś niebezpieczeństwo, lecz w podróżach swoich przeżył tyle, tyle widział, i tyle razy wyszedł zwycięsko z różnych przygód, że i obecnie nie poddał się melancholji starego zakątka Londynu, a czując w kieszeni doskonały rewolwer, szepnął:

- Doprawdy, że mi się ta dzielnica podoba - możnaby tu w spokoju prowadzić różne doświadczenia! To też, jak tylko zrobię jaki dobry interes, nabędę natychmiast jeden z tych pałaców.

Dziesiąta biła właśnie na zegarze wieżowym, kiedy Robert uderzył młotkiem w bramę wskazanego domu. (Starożytny zwyczaj, zastępujący późniejsze dzwonki, który się dotąd gdzieniegdzie utrzymał).

Połowa bramy uchyliła się i zamknęła za nim natychmiast, a Darvel znalazł się na obszernym dziedzińcu, zarosłym wysoką trawą, ze studnią pośrodku, otoczoną balustradą z kutego żelaza.

- Czy tu mieszka pan Ardavena? - spytał.

- Proszę iść za mną - odezwał się głos cichy i bezbarwny.

Robert odwrócił się i spostrzegł człowieka w czarnem ubraniu, zapalającego małą latarenkę. Przy jej czerwonawem świetle dojrzał, iż jest to starzec, który wyglądał na zakrystjana, lub szwajcara: długie białe włosy i takiż zarost okalały twarz wyschłą i zawiędłą. Ręką, ozdobioną licznemi pierścieniami, podał Robertowi latarenkę, a sam zgarbiony, poszedł naprzód po ścieżce wydeptanej w trawie.

Po chwiejących się stopniach weszli na taras, ozdobiony bronzowemi sfinksami, drzemiącemi wśród szarozielonych kałuży.

Starzec otworzył drzwi, przeszedł sień zawieszoną portretami i podniósł skórzaną zasłonę.

Robert znalazł się w sali, szczególnie umeblowanej. W rogach jej stały na marmurowych podstawach dziwaczne, wielorakie bóstwa o głowach potwornych, a kadzielnice wyziewały wonne, odurzające dymy. Dokoła ścian stały nizkie, miękkie otomany, kryte aksamitem czarnym w złote wzory. Pełno tam było najrozmaitszych cacek, przyrządów do palenia tytoniu i opium, a wspaniały kredens był obciążony butelkami szampana i różnych napojów wyskokowych. Wielkie szafy z hebanu inkrustowanego zapełnione były rękopisami, - niektóre z nich składały się z liści palmowych, lub deseczek z drzewa sandałowego.

- Zapewne to jest mieszkanie jakiegoś przemysłowca angielskiego, który bawił długo w Indjach - pomyślał Robert, zasiadając wygodnie na miękkiej otomanie.

Zaledwie jednak usiadł, usłyszał jakiś groźny pomruk; - zerwał się przerażony i odskoczył o kilka kroków. Zimny pot wystąpił mu na czoło, gdy z pod sofy wyszedł, przeciągając się, ogromny tygrys i cichym, kołyszącym się chodem wysunął się na środek sali.

Tam przypadł do ziemi przedniemi łapami, próbując ostrości pazurów na dywanie, a potem zaczął iść wolno, wężowym ruchem w stronę gościa... Oczy zwierza gorzały, grzbiet się wyprężył: gotów był do skoku. Robert pochwycił rewolwer i położył palec na cynglu, przygotowany do strzału w razie skoku tygrysa. Był bardzo blady; serce biło mu silnie, lecz zachował spokój zupełny i czekał z zimną krwią.

Upłynęły trzy sekundy - czy trzy wieki, tego Robert nie wiedział! Człowiek i zwierzę badali się wzrokiem: gdyby Robert był spuścił oczy, choć na jedną sekundę, byłby zgubionym! Nagle zasłona u drzwi, czarna w złote wzory, uchyliła się i głos stłumiony jakby dochodzący z dali, zawołał:

- Mowdi! Mowdi!

Tygrys poznał snąć głos swego pana, gdyż szybko wpełznął znów pod sofę; Robert zaś zwrócił się gniewnie do wchodzącego:

- Mój panie! Żarty pańskie są co najmniej niestosowne! Nie wiem, w jakim celu zostałem wciągnięty do tej odludnej dzielnicy. Uprzedzam jednak tego, ktoby miał zamiar mię ograbić, że się źle wybrał; mam przy sobie tylko dziesięć szylingów, ale za to - wyborny rewolwer!...

Tu urwał nagle, zmuszony do milczenia jakąś wyższą siłą i głęboko zmieszany wyrazem twarzy stojącego przed nim człowieka. Był on małego wzrostu i tak nadzwyczajnej chudości, iż pod okrywającą go cienką szatą z czarnego jedwabiu znać było każdą kostkę. Muskuły jego tak zanikły, że pozostały z nich tylko cienkie sznurki; ręce wyschłe, koloru ziemi - miały wygląd rąk mumji.

Najbardziej jednak zastanawiającą była jego twarz. Wyobraźcie sobie trupią głowę o czole nadzwyczaj wysokim, pod którym gorzały oczy lazurowo-błękitne, czyste i jaśniejące młodością: były to jakby dwa świeże bławatki na nagiej czaszce.

A jednak postać ta nie miała w sobie nic posępnego lub odstraszającego. Ze szlachetnych rysów widniała powaga i energja olbrzymia; oczy wprost promieniowały nadmiarem żywotności.

Postawę miał prostą, ruchy swobodne a uśmiech pełen dobroci.

- Usiądź pan, proszę - rzekł łagodnie.

Robert usiadł, czując niejaki zawrót głowy: tysiące różnorodnych myśli, bezładnych podejrzeń, kłębiło się w jego mózgu i uczuł nagle, z nieopisanym przerażeniem, iż jest pod zupełną władzą tego szczególnego człowieka.

Ten zaś próbował go uspokoić, głosem cichym i jak gdyby dochodzącym z oddali.

- Przedewszystkiem, pozbądź się pan wszelkich obaw. Pojmuję pańskie rozdrażnienie i zapewniam pana, iż przykro mi jest bardzo, że zapomniałem o moim biednym Mowdi, który tu odbywa zwykle swoją siestę. Jest on jednak zupełnie nieszkodliwym - zabrałem go z dżungli małym kociakiem i nie zrobił nigdy krzywdy moim przyjaciołom.

- A nieprzyjaciołom?

- Nie mam ich - odrzekł starzec.

- Ale czegóż właściwie chce pan ode mnie? - spytał z niecierpliwością Robert - i kim pan jesteś?

- Czy nie słyszałeś nigdy o braminie Ardavena?

- Nie - rzekł Robert - tem nazwiskiem był podpisanym list... ale nie przypominam sobie...

- To zresztą drobnostka - rzekł starzec. - Jestem przełożonym klasztoru w Kalambrum, mieście świątyń i pałaców, które mieści w swoich murach 10,000 braminów.

- Nie widzę dotąd, w czem mógłbym panu być użytecznym? - niecierpliwie przerwał Robert.

- Trochę cierpliwości. Zapewne wiadomo panu, iż my, bramini indyjscy, bywamy niekiedy zdolni do rzeczy nadprzyrodzonych, których cała wiedza Europejczyków nie potrafi ani powtórzyć, ani wytłomaczyć. Pan zaś, ze swej strony, posiadasz umiejętność innego rodzaju - siłę materjalną, praktyczniejszą, niż nasza.

- Chciałbym zobaczyć choć jeden z tych cudów, o których pan wspominałeś... - rzekł z lekką ironją Robert.

- Nic łatwiejszego - odrzekł Ardavena, z pobłażliwym uśmiechem. - Spróbuj pan wstać!

To mówiąc, wyciągnął rękę w stronę młodego człowieka i utkwił w nim swe jasne oczy, świecące blaskiem drogich kamieni.

Robert nadaremnie się wysilał, aby opuścić swe miejsce: zdawało mu się, iż ciało jego jest ciężkiem, jak bryła ołowiu, a próżne wysiłki sprawiały mu nieznośne cierpienie. Nie mógł nawet unieść ręki.

- Widzisz więc pan, - rzekł bramin, - że gdybym miał względem pana złe zamiary, broń pańska nie na wieleby się przydała. Teraz wracam panu swobodę.

Robert podniósł się i postąpił kilka kroków, coraz silniej ulegając potężnemu wrażeniu. Wszystkie jego pojęcia o rzeczywistości i możliwości - były rozwiane.

- Pan jesteś silniejszym ode mnie - zawołał, buntując się mimowoli, - ale cóż pan upatrzył sobie do mnie?

- Nie chcę w niczem wpływać na pańskie postanowienie. Jeśli na moje zamiary nie przystaniesz, wyjdziesz stąd tak samo, jak wszedłeś; a nawet, w razie odmowy ze strony pana, postaram się wynagrodzić mu poniesioną stratę.

- Nie żądam niczego!

- Porozumiejmy się: nie mam na myśli strat materjalnych, ale rozumiem, że zawód, jakiegobyś pan doznał, zawiedzione nadzieje - mogłyby wyrządzić panu szkodę wielką. Proponuję więc następujący układ: posiadasz pan wyobraźnię twórczą, oraz znajomość swojej sztuki - w pojęciu tutejszem, naturalnie. Połączmy zatem swoje umiejętności: pan mię obeznasz z chemją, medycyną i mechaniką, a ja ci odsłonię tajemnice psychologji i filozofji. Nasza wspólna praca musi sprawić cuda! Będziemy tajemniczem ogniwem, które połączy zatraconą już sztukę świata starożytnego, ze sztuką silną, młodzieńczą, choć brutalną - nowego świata, nowych czasów.

Robert milczał, pogrążony w odmęcie myśli. Bramin mówił dalej, nieco zadumany:

- Kołatałem do wielu ludzi gienjalnych - wszędzie pozbywano się mnie jak szarlatana lub szaleńca. Szczęściem, moja sztuka pozwoliła mi wynaleźć pana w tłumie ludzi, jak się wynajduje djament w piaskach Golkondy... Jeśli miłujesz Prawdę i Sztukę dla nich samych, pójdź za mną!

- Ależ... - zauważył Robert, olśniony i przejęty urokiem i dziwną mocą słów tego człowieka.

- Wiem naprzód Twą myśl! Ale uspokój się - znam tę nędzną walkę, na którą jest wystawionym tu u was, na Zachodzie, człowiek ubogi. Otoczę cię zbytkiem, godnym indyjskiego radży; uczynię cię tak bogatym, że będziesz gardził bogactwem!

Tu Ardavena pociągnął za sobą Roberta do przyległego pokoju. Wśród ścian zszarzałych od wilgoci, leżała tam tylko wiązka słomy i stał dzbanek wody.

- Oto mój pokój - rzekł starzec - a przecież jestem miljarderem, jak się u was mówi. Wszystko jest możliwem dla tego, kto potrafi wyrzec się wszystkiego!

- Więc dobrze; - rzekł nagle Robert - rzecz skończona! Oddaję moją słabą wiedzę na usługi pańskiej mądrości.

- Namyśl się jeszcze: gdy przyrzekniesz raz zgodę, będziesz musiał być mi posłusznym.

- Już postanowiłem: możemy się zobaczyć jutro!

- Dlaczego jutro? Nic cię przecież nie zatrzymuje w Londynie!

- A więc dobrze! Pojadę wtedy, kiedy pan zechcesz, - rzekł Robert, ujęty i zniewolony obejściem się tego człowieka, łagodnem a rozkazującem. - Ale czy nie potrzebujesz pan trochę czasu na przygotowania do podróży?

- Już wszystko załatwione: wiedziałem, że się zgodzisz!

Ardavena otworzył drzwi i poprzedzając swego gościa, przeszedł korytarz, wyłożony w kostkę czarnym i białym marmurem. Wyszli następnie na schody, a po przejściu ciemnej alei, znaleźli się na chodniku jakiejś ulicy, na środku której stał powóz. Zajęli w nim miejsca i po pięciu minutach jazdy, stanęli na dworcu Victoria; a gdy biła jedenasta, już Robert Darvel i jego tajemniczy towarzysz siedzieli w wagonie sypialnym, pędząc do Duwru z szybkością 120 kilometrów na godzinę.

Nazajutrz w południe, Robert palił cygaro na pokładzie Petchili, wielkiego parowca, płynącego do Indji i patrzył zamyślony na znikającą w oddali białą kolumnę latarni morskiej w Land's End. Wkrótce ostatnie zarysy lądu rozpłynęły się i znikły w niebieskawej mgle oddalenia.

Robert płynął ku Indjom, tajemniczej krainie, jedynej, która wpośród naszej praktycznej cywilizacji pozostała królestwem czarów i uroków.

 

LE PRISONNIER DE LA PLAN?TE MARS 

PREMI?RE PARTIE 

I - UN MESSAGE MYSTÉRIEUX 

 

- Personne n'est encore venu me demander, mistress Hobson ? 

- Personne. 

- Il n'est venu aucune lettre pour moi ? 

- Aucune. 

Mistress Hobson, propriétaire de la taverne a l'enseigne des Armes de l'Écosse, n'était pas bavarde de son naturel. Malgré le désir qu'avait son interlocuteur d'entrer en conversation, elle lui fit comprendre d'un petit mouvement sec et décidé qu'elle n'avait nullement envie de perdre son temps en paroles inutiles.

Installée derri?re son comptoir, encadrée de pintes d'étain, d'énormes tranches de rosbif saignant, de petits barils de conserves et de flacons de pickles, elle était gravement occupée, en attendant l'heure du thé, a compter sa recette du matin et a disposer en tas égaux les pi?ces d'un shilling et de six pence qui remplissaient son tiroir-caisse.

A l'autre extrémité de la salle, a ce moment tout a fait vide, un jeune homme de mine et de tournure élégante était assis pr?s d'un grand feu de charbon qui faisait monter de ses v?tements tout trempés une épaisse vapeur.

De temps a autre, il se levait, allait a la fen?tre et, a travers les carreaux ruisselants de pluie, contemplait le panorama des quais de la Tamise, o? des centaines de paquebots noirs, alignés sous le ciel couleur de fumée, dessinaient des profils tristes dans le brouillard jaunâtre.

Quand le jeune homme avait bien contemplé les monceaux de charbon alignés a perte de vue, qui allaient s'engouffrer dans les docks, les allées et venues de locomotives poussives, attelées a d'interminables trains chargés de barriques et de pierres de taille, il allait se rasseoir mélancoliquement et fermait a demi les yeux, engourdi par la chaleur humide de la pi?ce, le cerveau endolori par les rugissements incessants des steamers.

C'était un jeune homme d'une trentaine d'années, aux cheveux et a la barbe blonds et frisés, au profil fin, aux yeux bleus et clairs on devinait a le voir une de ces natures nerveuses, qui ont horreur de l'oisiveté et qui courent brusquement a la réalisation des choses, m?me avant de les avoir compl?tement étudiées et m?ries.

La brume se faisait plus épaisse, et le paysage plus indécis. Les locomotives et les paquebots étaient devenus tout a fait vagues, et les lampes électriques commençaient a jeter leurs taches blanchâtres dans ce décor de papier brouillard, lorsque le grelot de la porte d'entrée tinta.

Un nouveau venu pénétra brusquement dans la taverne. Malgré son macfarlane doublé de drap de Su?de et ses gu?tres hautes, il était couvert de boue et trempé jusqu'aux os. Ses bottes rendaient un bruit d'éponge et de larges flaques naissaient sous ses pas.

- C'est vous, mon cher Pitcher ? 

- Votre santé est bonne, master Darvel ? 

Mr. Pitcher, sans se laisser intimider par l'air grognon de mistress Hobson, se débarrassa de son capuchon et laissa voir une face rubiconde et vermeille, souriante et débonnaire, a laquelle de longues moustaches rousses, a la Kitchener, n'arrivaient pas a donner un air belliqueux.

Avec ses grasses mains rouges cerclées de bagues, sa bedaine arrondie comme un f?t de bi?re de Mars et parée de griffes de tigre montées en breloque, Mr. Pitcher apparaissait comme un des plus paisibles habitants du Royaume-Uni.

Il s'assit tout essoufflé, s'épongea le front et se commanda un verre de porto épicé, de l'air grave d'un homme qui songe d'abord aux choses sérieuses et qui prend ses précautions contre la bronchite.

- Toujours le m?me, mon vieux Ralph, dit Robert Daniel en souriant. 

- Ma foi oui, M. Robert. 

- Et les oiseaux, cela marche toujours ? 

- Tout doucement, M. Robert. Quand je vous ai rencontré hier a Drury-Lane, je venais de conclure une affaire avec un officier retour du Soudan, pour un lot de marabouts et de flamants. Eh bien, ma parole d'honneur, c'est honteux ! 

Le gros homme s'était levé, pris d'une indignation subite.

- Vous me croirez si vous voulez, M. Robert, s'écria-t-il ; dans dix ans d'ici, le commerce des oiseaux sera devenu impossible. Notez que je ne parle pas pour les plumes d'autruche, il y en a toujours, a cause des autrucheries du Cap, o? on les él?ve comme des canards ; mais les beaux oiseaux des for?ts vierges, les lophophores, les aigrettes, les ménures, les oiseaux de paradis, tout cela n'existera plus que comme une légende, avant qu'il soit peu. 

- Eh ! pourquoi donc, mon vieux Pitcher ? dit Robert, souriant un peu de cette indignation. 

- Pourquoi, fit l'autre en se levant avec une fureur croissante, parce qu'on les détruit, parce qu'on les massacre. On va jusqu'a tendre des fils électriques au bord des sources o? ils s'abreuvent ; yes, sir, j'ai vu de mes yeux trois mille hirondelles foudroyées le m?me jour, grâce a ce procédé barbare, et tout cela pour quoi faire ? Pour garnir des chapeaux ! 

- On pourrait en faire un plus mauvais usage. 

Ralph Pitcher n'écoutait pas son interlocuteur ; la face empourprée de col?re, il continuait a pérorer en donnant de temps en temps de grands coups de poing sur la table, comme pour ponctuer ce qu'il disait.

- Oui, grondait-il avec une nuance d'émotion dans la voix, on extermine sans pitié les volatiles, grands et petits. Partout o? le chemin de fer et la lumi?re électrique pén?trent, c'est un massacre. Et les oiseaux migrateurs, les cygnes, les canards sauvages, les albatros m?mes, ne sont pas épargnés. Savez-vous qu'a certaines saisons, les gardiens de phare trouvent au pied de leur tour de granit des centaines d'oiseaux qui, fascinés par la lueur de ces foyers puissants, visibles jusqu'a cinquante milles au large, sont venus se briser le crâne contre l'épais cristal des lanternes. 

- Mais enfin, interrompit Robert Darvel, - lorsque Pitcher essoufflé s'arr?ta pour reprendre haleine et en m?me temps lamper une rasade -, je ne comprends pas beaucoup cette indignation ; naturaliste et chasseur, vous ?tes par métier l'ennemi naturel de tout gibier de poil ou de plume. 

- Permettez... 

- Et, quand je vous ai connu dans les steppes du Turkestan et dans les jungles du Bengale, vous leur faisiez une guerre sans merci ; je ne me rappelle d'ailleurs jamais qu'avec un vif sentiment de plaisir les matins d'aff?t dans les grands roseaux, encore tout humides de la fraîcheur de la nuit, et nos folles cavalcades a travers les bois o? nous étions parfois obligés de camper, et d'o? nous revenions pliant sous le fardeau des pi?ces abattues. 

Pitcher était tout a coup devenu mélancolique.

- Oui, fit-il ; mais, dans nos expéditions, nous n'employions pas de ces machines maudites, qui détruisent systématiquement toute une race d'animaux. C'était loyalement, la carabine au poing, que nous chassions les beaux oiseaux de la for?t, respectant les couvées, et faisant une guerre acharnée aux serpents et aux b?tes de proie. 

- Il y a du vrai ! 

- Alors, il parait que vous ?tes arrivé tout a fait au succ?s. J'ai vu votre portrait dans le Daily Telegraph et la photographie de votre installation en Sibérie... Vous ?tes riche ? 

- Mon pauvre ami, quelle erreur est la vôtre ! Je suis ruiné a plates coutures. 

- Mais, vos inventions ? 

- Vendues pour un morceau de pain a des trusts américains. 

- Et votre mariage avec la fille du banquier Téramond ? 

- Rompu, le mariage. 

Le naturaliste écarquilla les yeux avec stupeur.

- Comment tout cela est-il arrivé ? demanda-t-il, en allumant flegmatiquement un cigare et en s'accotant pour mieux écouter. 

- Oh ! tr?s simplement. Je vais vous raconter cela. Avec mes inventions, mon moteur a poids léger pour les aérostats, ma chaudi?re a alcool pour les paquebots a grande vitesse, j'avais gagné de l'argent. C'est alors que je fis la connaissance du banquier Téramond et que je fus présenté a sa fille, la charmante Alberte. Elle eut la bonté d'accueillir favorablement mes hommages. Son p?re, qui voyait une fortune a gagner en utilisant mes brevets, ne se montra pas tout d'abord hostile a ce projet d'union. Tout allait bien, quand un jour je rencontrai a White-Chapel un réfugié polonais que j'avais connu autrefois a Paris. M. Bolenski était un astronome de premier ordre, il avait la ferme conviction que toutes les plan?tes sont habitées par des ?tres semblables a nous et il étayait cette opinion d'une foule de preuves. Ses études avaient été constamment dirigées vers les moyens d'entrer en communication avec les habitants des astres les plus rapprochés de nous. Il eut l'art de me communiquer son enthousiasme et, apr?s huit jours de discussions et d'entretiens, une association fut conclue entre nous. Il fut convenu (d'ailleurs vous avez d? l'apprendre par les journaux) que, négligeant la Lune que la majorité des astronomes s'accorde a reconnaître comme une plan?te morte, nous nous attaquerions a la plan?te Mars, l'astre rouge que les astrologues du Moyen Age disaient annoncer les guerres et les désastres. Suivant une donnée indiquée par plusieurs savants, mais qui n'avait jamais encore été mise en pratique, nous résol?mes d'établir dans un lieu parfaitement plat une figure géométrique d'un genre élémentaire, assez vaste pour ?tre nettement visible des astronomes martiens. 

- Pourquoi une figure de géométrie ? 

- Les lois de cette science sont certainement les m?mes dans tout l'univers. Les chiffres et les caract?res de l'alphabet sont de convention. Le triangle et le cercle et les lois qui régissent ces figures sont, au contraire, connus des savants de Mars, quelque faible que soit leur développement scientifique. 

- Je ne vois pas encore par quel moyen, m?me si les Martiens savent la géométrie, vous auriez pu entrer en communication avec eux. 

Robert haussa les épaules en souriant.

- Mais c'est l'enfance de l'art. Admettez que l'on ait répondu a mes signaux par des signaux semblables, aussitôt j'en faisais d'autres ; j'écrivais a côté de chaque figure son nom, les Martiens faisaient de m?me ; il y avait la le rudiment d'un alphabet qu'il était facile de compléter a l'aide de dessins tr?s simples, toujours accompagnés de leur nom. Apr?s quelques mois de travail, il e?t été certainement facile de correspondre couramment. Vous voyez d'ici quels merveilleux résultats. Nous étions initiés en peu de temps a l'histoire, aux découvertes et m?me a la littérature de ces fr?res inconnus qui nous tendent peut-?tre les bras eux-m?mes a travers les abîmes du firmament. Puis, on ne s'en serait pas tenu la : j'ai déja le plan d'un appareil de photographie géant ; nous eussions avant peu possédé les portraits des rois et des reines, des grands hommes et m?me des plus jolies personnes de la plan?te-s?ur. 

- Qui sait ? murmurait Pitcher tout r?veur. Vous m'auriez peut-?tre obtenu des commandes ? 

- Pourquoi pas ? s'écria Robert avec feu. Rien n'est impossible, dans cet ordre d'idées... Mais voyez quel énorme avantage je procurais a l'humanité tout enti?re ; nous profitions a peu de frais, je puis le dire, des travaux intellectuels accumulés par des milliers de générations. La solution de la question sociale, la longévité indéfinie, les Martiens connaissent peut-?tre tout cela. Le succ?s de mon expérience e?t été pour tous un incalculable bienfait. 

- Pardon ! fit Pitcher, qui admirait, sans le partager, l'enthousiasme de son ami. Mais, si les Martiens en sont encore a la période semi-barbare, si ce sont des ?tres féroces... 

- Belle objection. Dans ce cas, c'est nous qui les aurions civilisés en les faisant profiter de nos connaissances. 

- Voila de nobles intentions... Mais enfin, comment tout cela s'est-il terminé ? 

- De la façon la plus malheureuse. Je suis parti avec mon associé pour la Sibérie. D'abord tout marcha tr?s bien, mon associé M. Bolenski, qui avait été banni de Pologne autrefois, obtint sa grâce. Le gouvernement russe accorda les autorisations nécessaires. Arrivés par le chemin de fer transsibérien jusqu'a Stretensk, nous nous pourv?mes dans cette ville de travailleurs et de matériel, puis nous remontâmes vers le nord jusqu'a une steppe parfaitement unie o? furent installées sur plusieurs lieues de long nos figures géométriques. Les lignes étaient simplement tracées sur une largeur de trente m?tres avec des pierres crayeuses dont le ton blanc tranchait vigoureusement sur le sol noirâtre de la steppe. La nuit, de puissantes lampes électriques répétaient nos signaux. 

- Cela dut vous co?ter cher, interrompit Pitcher. 

Quand furent terminés le cercle, le triangle, et la figure géométrique qui accompagne la démonstration du théor?me du carré de l'hypoténuse, que nous avions choisie comme caractéristique et tr?s visible, mon capital était fortement entamé, mais j'étais plein d'espoir. Notre campement, a l'ombre d'un petit bois, d'o? nous pouvions surveiller nos tracés, formait un petit village assez pittoresque avec ses cahutes de terre et de feuillage, et ses cuisines en plein vent. J'allais chasser l'ours gris et le renard, p?cher l'esturgeon et le saumon, en compagnie des Ostiaks v?tus de blouses de fils d'ortie et de gilets en peau de poisson, braves gens, un peu malpropres, mais pr?ts a me suivre au bout du monde, pour un paquet de tabac ou une fiole de rhum. Je m'accoutumais a cette vie pastorale : la Sibérie pendant l'été, avec ses vertes et giboyeuses for?ts, est un séjour charmant. D'ailleurs, les habitants de Mars ne donnaient pas signe de vie.

" Mais nous avions fait la connaissance d'un grand propriétaire russe, riche a plusieurs millions de roubles, qui avait chaudement embrassé nos idées et devait nous commanditer. A l'entendre, nos tracés étaient beaucoup trop restreints, il prétendait les faire réédifier sur un plan plus vaste et obtenir de l'empereur quelques sotnias de cosaques pour les garder. Brusquement, tout se gâta. M. Bolenski, dont l'acte d'amnistie n'avait pas été enregistré, fut tout a coup arr?té et envoyé au bagne de l'île de Sakhaline. Je fus moi-m?me emprisonné pendant quelque temps et j'eus beaucoup de peine a prouver mon innocence. Quand je revins au campement, je le trouvai enti?rement détruit par une bande de pillards Khoungouses. Les misérables avaient tout emporté : armes, instruments, vivres et munitions, tout jusqu'au beau télescope qui devait nous servir a reconnaître les signaux des Martiens. 

" Mes tracés géométriques étaient déja transformés en routes commodes et solides a l'usage des marchands de thé et de poissons salés. Quant aux travailleurs sibériens et aux chasseurs asiatiques de mon escorte inutile de dire qu'ils étaient partis dans toutes les directions, apr?s avoir sans doute reçu leur part du butin... J'allai trouver le grand propriétaire russe qui devait nous commanditer, il me mit froidement a la porte en m'assurant qu'il était trop dévoué a Sa Majesté l'empereur " le Petit P?re " Nicolas, pour entretenir quelque relation avec un nihiliste de ma trempe.

- Voila ce qui s'appelle n'avoir pas de chance, dit Pitcher, qui avait allumé un second cigare et commandé un grog ; mais comment vous ?tes-vous tiré de la ? 

- Je ne m'en suis pas tiré. Il me restait encore un peu d'argent, heureusement : je me suis empressé de prendre le train et me voici. J'ai de quoi vivre a Londres pendant un mois. D'ici la, il faut que je fasse quelque découverte, autrement je ne sais ce qu'il adviendra. 

- A votre place, j'irais voir ce M. Téramond : je suis persuadé qu'il vous ferait volontiers une avance de fonds. 

- Que vous ?tes na?f, mon pauvre ami ! Ma premi?re visite en débarquant a Londres a été pour le banquier que je considérais déja comme mon futur beau-p?re. Il était au courant d'une partie de mes déboires aussi son accueil fut-il assez froid. A dire vrai, il fut tout juste poli. 

- Cher monsieur, me dit-il avec une ironie un peu lourde d'homme pratique arrivé comme on dit " a la force du poignet " et qui connaît le prix de l'argent, mes faibles capitaux ne me permettent pas de me lancer dans des entreprises aussi grandioses que les vôtres. Certes, je vous admire, vous ?tes brillamment doué, vous serez la gloire de votre pays ; mais pour communiquer avec les habitants des autres plan?tes, il ne vous faut pas moins d'un milliard ou deux. Embarquez-vous pour Chicago ; c'est le conseil que je vous donne. 

" Je ne daignai pas répondre a ce malappris, je lui br?lais la politesse et me retirai un peu triste, non pas a cause de l'affaire manquée, l'argent je m'en moque, Dieu merci !... Mais miss Alberte a de si tendres yeux bleus, un si mystérieux sourire, de si beaux cheveux a la fois sombres et brillants comme le cuivre neuf...

- Inutile de continuer votre description, allons au fait. 

- Oh ! c'est a peu pr?s tout. Seulement, en me retournant avant de franchir pour la derni?re fois la grille dorée de l'hôtel, j'aperçus a une fen?tre du premier étage l'adorable profil de miss Alberte. Nous nous saluâmes tristement et je me retirai la mort dans l'âme. Mais j'ai compris, au regard qu'elle m'a jeté, que la pauvre enfant ne fait que subir la volonté d'un p?re tyrannique. 

- Tout s'arrangera, dit Pitcher, je parie qu'avant un mois, vous aurez fait quelque trouvaille de génie que vous vendrez a prix d'or. Alors, le p?re de la belle vous rendra ses bonnes grâces. 

La conversation en était la entre les deux amis, lorsque la sonnette de la porte d'entrée fit retentir se petite voix f?lée.

Un gamin sale et déguenillé, grelottant sous son vieux tricot de marin, entra et s'avança jusqu'au comptoir o? trônait mistress Hobson, en jetant autour de lui un regard soupçonneux.

- Que viens-tu faire ici, vaurien ? demanda aigrement la dame. 

- C'est une lettre que j'ai a remettre a ce gentleman, fit le petit drôle d'un air important, et ostensiblement, il désignait du doigt Robert Darvel. 

En m?me temps, il tira de sa poche une missive toute froissée, o? le pouce crasseux du porteur s'accusait en noir, comme un cachet supplémentaire ; puis il disparut, sans laisser le temps a personne de le questionner, en claquant la porte avec fracas.

Mistress Hobson, apr?s avoir haussé les épaules d'un air scandalisé, se remit a compter sa monnaie.

- Drôle de message, fit Pitcher avec méfiance. 

- Drôle de messager plutôt, dit Robert en riant de bon c?ur ; je ne connais personne qui puisse m'écrire. 

- Voila qui est louche. 

- Je vais ?tre fixé a l'instant m?me. 

Et Robert ouvrit la lettre et lut a haute voix :

" Monsieur,

" J'ai eu l'occasion d'?tre mis au courant de vos travaux et de vos voyages. J'ai une proposition intéressante a vous faire. Veuillez, je vous prie, venir me voir ce soir, vers dix heures, en l'appartement que j'occupe 15, rue d'Yarmouth : vous demanderez M. Ardavena.

" Recevez mes salutations et l'expression de mon dévouement et surtout ne manquez pas au rendez-vous que je vous assigne et qui est, pour vous comme pour moi, d'une haute importance. "

- C'est curieux, murmura Robert, je me creuse vainement la t?te pour deviner quel peut ?tre cet étrange et laconique correspondant. Regardez d'ailleurs quelle mystérieuse écriture. A côté de la lettre, l'enveloppe est presque un chef-d'?uvre de calligraphie et ce style bref et pénible... 

- Oui, on dirait que ces lignes ont été tracées par un enfant sachant a peine former ses lettres et qui aurait cherché chaque mot dans un dictionnaire. 

- Bah ! c'est probablement bien plus simple que vous ne l'imaginez. C'est tout bonnement quelque riche étranger, quelque industriel ou quelque excentrique, qui veut m'employer dans une de ses usines ou acheter mes futures découvertes. 

- Oui, vous avez raison peut-?tre. 

- Si cela est, vous avouerez que j'ai de la chance. Je me demandais déja ce que j'allais devenir. 

Mistress Hobson avait allumé les becs de gaz, car le brouillard était devenu tellement intense qu'il était absolument impossible de rien distinguer.

- Il n'est que quatre heures, dit Ralph Pitcher. Si vous voulez accepter mon invitation, nous dînerons ensemble en compagnie de ma m?re. 

- Entendu, dit Robert Darvel ; ce brouillard exhale un ennui fun?bre. Je suis vraiment charmé, avant d'aller a mon mystérieux rendez-vous, de passer une bonne soirée a discuter de science et d'histoire naturelle, avec un ami que je n'ai pas vu depuis tant d'années.